22 septembre 2009
La diplomatie de l'amour
Climat, paix, économie, les grands de ce monde vont avoir une semaine américaine particulièrement studieuse. Des bureaux de l'ONU à New-York jusqu'au G20 de Pittsburgh, des sujets cruciaux vont être abordés.
Ce qui ne signifie malheureusement pas que des réponses vont être données...
En effet, les grosses machines mondiales peinent à trouver leur efficacité. Vieillots, technocratiques, sans réel pouvoir, peu représentatifs du monde nouveau, ONU, G20, FMI, OMS, OMC ou autre Banque Mondiale sont décriés partout dans le monde. Souvent avec raison, l'état du monde le démontre chaque jour.
Récemment, Jean-François Copé prônait ainsi dans le magazine Slate un "Conseil de Gouvernance Mondiale" représentatif et aux compétences étendues. Aurait-il lu la dernière encyclique de Benoît XVI, Caritas in Veritate? Il y a quelques mois, le pape appelait en effet les gouvernements à une nouvelle réflexion : "pour le gouvernement de l'économie mondiale, pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l'environnement et pour réguler les flux migratoires, il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale."
Mais tous ceux qui veulent faire avancer le monde ne doivent pas oublier la "vérité" de l'encyclique du pape. Pour être efficace cette "autorité mondiale" ne doit être ni une mode, ni une somme de lobbies mais bien une organisation veillant à l'édification de "l'homme intégral".
Et ce n'est pas simple.
Quand on entend Mgr Twal, patriarche latin de Jérusalem, faire une homélie virulente à l'encontre d'Israël en omettant volontairement d'évoquer les problèmes criants rencontrés par les chrétiens palestiniens face au fondamentalisme musulman, on comprend que même l'Église a du chemin à faire. Que même l'Église doit sortir du jeu politique.
Quand on voit les pays les plus pauvres freiner la révolution écologique pour préserver leur maigre croissance, on a envie de souffrir avec eux bien qu'on sache pertinemment que le monde ne peut pas attendre.
Quand on regarde l'office du tourisme danois s'amuser de l'amour, raison créatrice de notre monde, on perçoit l'urgence de la diplomatie de l'amour.
La diplomatie de l'amour veut faire entrer le monde dans une relation de communion.
La diplomatie de l'amour ne cherche pas à satisfaire l'intérêt particulier et court-termiste d'un homme politique, d'une minorité gouvernante ni même d'un peuple mais celui de l'humanité à long terme.
La diplomatie de l'amour est l'humble construction d'une civilisation de paix, de justice, d'amour et d'espérance, fondée sur l'écoute et la réflexion, l'affirmation de convictions et l'amour de l'autre, la liberté et la responsabilité qu'elle engendre.
"Je ne réalise pas le bien que je voudrais mais je fais le mal que je ne voudrais pas" (Saint Paul, Rom, 7, 19).
Construisons nous-mêmes une autorité mondiale qui écoute et aime les plus faibles, et qui fasse avancer l'homme sur un chemin de vérité.
08 septembre 2009
Le temps de l'implication
Après quelques semaines de vacances estivales, c'est la dure loi de la rentrée. Pour certains, tout est nouveau; pour d'autres, tout est pareil. Pour la politique et les médias, tout a l'air nouveau mais tout est toujours pareil.
Alors qu'à Viterbe Benoît XVI invitait les chrétiens à ne pas avoir peur de s'engager en politique, les hommes politiques français qui se piquent de discours chrétiens nous effrayaient pas leurs étranges engagements.
Philippe de Villiers avouait l'échec total de son positionnement et se ralliait au parti du président; Christine Boutin sortait de ses gonds, voyant dans ce mouvement stratégique une concurrence inattendue; et François Bayrou tendait une main anti-sarkozyste à un parti socialiste qui a souvent eu une vision de la société très éloignée de ses convictions.
En ce mois de septembre ensoleillé, le christianisme en politique est plutôt moribond.
En y regardant de plus près, cela n'est pas vraiment étonnant. En nous invitant à nous engager, Benoît XVI nous demande d'aimer en vérité. Caritas in Veritate. Être chrétien en politique ne doit pas se résumer à un discours ou un certificat de baptême mais à des convictions défendues contre vents et marées avec sourire, force et amour.
Ce n'est pas parce que le président met la pression sur Christine que les élus de son mouvements doivent tout à coup faire machine arrière sur le travail dominical; ce n'est parce que les français ont peur des immigrés que Philippe doit les mépriser; ce n'est pas parce que le mariage homosexuel est devenu cool que François doit plonger. L'histoire politique est faite de personnages charismatiques qui ont su expliquer des idées complexes et rassembler le peuple derrière eux. Suivre des sondages ou défendre un siège n'est pas un métier, encore moins un engagement. C'est une farce.
En soi, il est louable pour des hommes politiques convaincus de vouloir agir à l'intérieur d'un parti de gouvernement plutôt que rester d'éternels opposants sans autre pouvoir que celui de faire de l'esbroufe. La France, l'Europe et le monde ont certainement besoin que des choses changent. Mais BeniNews lance un appel à tous les convaincus : soyez là où vous pouvez changer les choses mais affirmez-vous et n'ayez pas peur. Le peuple suit les leaders et les leaders sont intouchables.
Nous pouvons même aller plus loin que Benoît XVI. Si, si !!
Nous vivons dans une société médiatique et la civilisation de l'amour ne passera pas uniquement par la politique; elle passera également par les médias. Les chrétiens doivent s'engager dans les médias.
La polémique actuelle autour de Secret Story est symptomatique. Comprenant que nous sommes tous attirés par le veau d'or, TF1 et Endemol s'en donnent à cœur joie. Du sexe, de la violence, de la vulgarité. En définitive, de la tristesse... Dans le Figaro, la présidente d'Endemol France Virginie Calmels a cette phrase sublime : "j'estime que nous devons respecter la liberté du téléspectateur qui a
le choix entre 18 chaînes : personne n'est obligé de regarder Secret
Story." Nous savons pertinemment que c'est faux. L'ado de 15 ans est-il réellement libre de regarder autre chose que le buzz médiatique du moment?? Ce type de réaction va à l'encontre de la charité, de la liberté et des valeurs que nous devrions tous défendre.
Virginie déclare vouloir mettre en place une "charte éthique" de la
télé-réalité. Quelques lignes plus bas, elle annonce qu'elle va
produire l'Ile de la Tentation... L'éthique ne doit pas être un axe de communication mais une réalité.
Saint Benoît donne dans sa Règle une directive intéressante : "les moines s'obéiront mutuellement de tout leur cœur. Personne ne cherchera son propre intérêt mais plutôt celui des autres." La vraie liberté est celle de choisir librement de discerner le choix de l'autre.
Impliquons-nous pour que le monde change... en bien.
09 juillet 2009
Caritas in Veritate
Alors que le G8 perd les eaux et va prochainement accoucher d'une souris : pas de vérité et peu de charité;
alors que le gouvernement essaie de faire passer en force une loi sur le travail le dimanche dont la philosophie prône le profit plutôt que la vie : une vérité, l'absence de charité;
alors que Michael Jackson reçoit des hommages à la hauteur de sa rentabilité actuelle et future : charité pour qui, où est la vérité;
alors que la Chine gère ses difficultés dans la province du Xinjiang avec brutalité : vérité complexe, charité absente;
alors que le mystère sur l'assassinat des moines de Tibéhirine semble enfin révélé : la vérité pour des hommes de charité;
Benoît XVI publie un chef d'œuvre que les Echos devraient commenter plutôt que d'évoquer en une mercredi l'investissement locatif :
Caritas in Veritate.
Nous résumerons mal ici en quelques pauvres lignes la pensée d'un cerveau aussi brillant et saint. Aussi n'est-ce certainement pas ce post qu'il faut lire mais bien l'encyclique qui est un apport considérable à la réflexion économique, sociale, humaine et théologique.
Au fil de notre lecture, des idées majeures doivent guider nos pas et nous devrions passer notre été à les méditer pour comprendre notre vocation d'homme.
Pour Benoît XVI, le "développement humain intégral" passe par la charité dans la vérité et la vérité dans la charité.
La première idée-force que nous en avons tirée est la suivante : au-delà de la justice qui doit permettre à chacun d'avoir ce qui lui revient, la charité vraie est également don gratuit. Avec la justice, nous échangeons; avec la charité, nous donnons plus et en vérité.
Nous pensons souvent tout connaître de la charité et nous sommes fiers de nos quelques petits gestes. Benoît XVI nous recadre et nous livre une deuxième idée-force : la charité n'évolue pas au gré des modes mais s'inscrit dans la Vérité, celle d'un Dieu fait homme et d'un homme fait à l'image de Dieu
La charité est donc inscrite dans la vérité de la Parole de Dieu. Hors de cette vérité, nous risquons le particularisme d'une fausse charité, car l'Homme a chuté par le fruit du péché originel. Benoît XVI nous invite donc à fuir et le fondamentalisme qui nie la recherche, et le relativisme qui nie la vérité trouvée.
La charité s'exprime dans la liberté responsable, ce don de Dieu qui nous conduit avec notre intelligence à faire le Bien. Benoît XVI nous incite donc à œuvrer pour la liberté (dont la liberté religieuse) partout dans le monde.
La charité se transmet que dans une tradition culturelle qui a toujours été un moyen d'atteindre le coeur de chacun dans son propre environnement. Benoît nous encourage donc à préserver notre culture, à l'enrichir et à ne pas la dévoyer.
La charité se fonde sur la fraternité qui voit l'autre comme un frère, un homme à respecter, à aimer et à aider. se vit au sein de la famille, premier lieu de mise en oeuvre de la charité qui doit ensuite s'étendre à la famille humaine. Benoît XVI nous conduit donc à faire mûrir cet espace relationnel et affectif.
Dans son texte particulièrement bien écrit, avec la rédaction logique qu'on lui connaît et la subtilité des mots choisis, Benoît XVI nous donne également des pistes de charité à réaliser; une to-do-list indispensable à notre avenir d'homme intégral.
Sans renier l'économie de marché, le pape innove magistralement en y intégrant l'économie du don. Il décrète la fin d'une époque où l'économie gérait le profit et la politique s'occupait du social. Dans une mondialisation qui affaiblit le pouvoir politique, Benoît XVI remet la charité au centre non seulement de la politique mais aussi de l'économie et demande la gratuité au sein même du marché. Il propose ainsi une économie de marché qui ne contenterait pas uniquement d'une logique de profit mais qui se fixerait un devoir fraternel de don gratuit à l'égard de ceux qui en ont besoin. Pour aller plus loin, nous pouvons nous intéresser à "l'économie de communion" prônée par le mouvement des Focolari.
Ayant comme objectif le Bien Commun, Benoît XVI ne peut donc pas séparer le politique et le religieux comme le souhaite un laïcisme dangereux. Tout en prônant une autorité politique mondiale (qui remplacerait la tristounette ONU) tournée vers le Bien Commun, le pape insiste sur le principe de subsidiarité et redonne leur place aux corps intermédiaires dont l'Église fait partie.
Sensible enfin au sujet majeur de l'environnement, Benoît XVI fait un lien percutant entre l'écologie environnementale et l'écologie humaine. Le monde ne respecte pas sa nature, car il ne respecte pas la plus belle œuvre de création : l'homme. En extrapolant, nous pouvons comprendre que le monde sera sauvé par l'homme intégral aimé en vérité.
Nous pourrions en rajouter, car de nombreux thèmes comme l'immigration, la pauvreté, la bioéthique et autres sont évoqués avec précision et amour. Chacun y trouvera des réponses à ses propres questionnements.
L'amour est dans la vérité.
Le pape nous instruit sur la vérité.
A nous maintenant d'agir avec amour.
Journée internationale de prière pour les malades
envoyé par Emmanuelmedias. - Plus de vidéos de blogueurs.
15 mai 2009
Shalom
Dans son dernier discours en Terre Sainte, le pape Benoît XVI a tout dit.
Il sera sans doute commenté mais il doit surtout être lu.
Monsieur le président,
Monsieur le premier ministre
Excellences, mesdames et messieurs,
Alors que je me prépare à repartir pour Rome, permettez-moi de partager avec vous quelques-unes des puissantes impressions que m’a laissées mon pèlerinage en Terre sainte. J’ai eu des discussions fructueuses avec les autorités civiles d’Israël comme des Territoires palestiniens, et j’ai été le témoin des grands efforts que font les deux gouvernements pour assurer le bien-être des populations. J’ai rencontré les responsables de l’Église catholique en Terre sainte, et je me réjouis de voir comment ils travaillent ensemble au soin du troupeau du Seigneur. J’ai eu aussi l’opportunité de rencontrer les responsables des différentes Églises chrétiennes et communautés ecclésiales, aussi bien que les responsables des autres religions en Terre sainte. Cette terre est vraiment un terrain fertile pour l’œcuménisme et le dialogue interreligieux, et je prie pour que la riche variété de témoins religieux dans la région trouve son fruit dans une compréhension mutuelle et un respect croissants.
Monsieur le président, vous et moi avons planté un olivier dans votre résidence le jour où je suis arrivé en Israël. L’olivier, comme vous le savez, est une image utilisée par saint Paul pour décrire les très étroites relations entre les chrétiens et les juifs. Paul décrit dans sa lettre aux Romains comment l’Église des gentils est comme un rameau d’olivier sauvage greffé sur l’olivier cultivé qui est le Peuple de l’Alliance. Nous sommes nourris aux mêmes racines spirituelles. Nous nous sommes rejoints comme des frères, des frères qui, à un moment de notre histoire, ont eu une relation tendue, mais qui sont maintenant fermement engagés à bâtir les ponts d’une amitié durable.
La cérémonie au palais présidentiel a été suivie par l’un des moments les plus solennels de mon séjour en Israël, ma visite au Mémorial de l’Holocauste à Yad Vashem, où j’ai rencontré quelques-uns des survivants qui ont souffert des démons de la Shoah. Ces rencontres profondément émouvantes m’ont remis en mémoire ma visite, il a trois ans, au camp de la mort d’Auschwitz où tant de juifs – mères, pères, maris, épouses, frères, sœurs, amis – ont été brutalement exterminés sous un régime impie qui propageait une idéologie d’antisémitisme et de haine. Cet épouvantable chapitre de l’histoire ne doit jamais être oublié ou nié. Au contraire, ces sombres souvenirs devraient renforcer notre détermination à nous rapprocher toujours plus les uns des autres comme des branches du même olivier, nourries des mêmes racines et unis dans un amour fraternel.
Monsieur le président, je vous remercie de la chaleur de votre hospitalité, que j’ai grandement appréciée, et j’aimerais qu’on se souvienne que je suis venu visiter ce pays en ami des Israéliens, tout comme je suis un ami du peuple palestinien. Les amis aiment passer du temps en compagnie ensemble, et ils sont profondément bouleversés de voir l’autre souffrir. Aucun ami des Israéliens et des Palestiniens ne peut éviter d’être triste de la continuelle tension entre vos deux peuples. Aucun ami ne peut éviter de pleurer à la souffrance et aux pertes en vie humaine que les deux peuples ont endurées durant les dix dernières décennies. Permettez-moi de lancer cet appel à tous les peuples de cette terre : plus d’effusion de sang ! Plus de combats ! Plus de terrorisme ! Plus de guerre ! Brisons plutôt le cercle vicieux de la violence. Que s’établisse ici une paix durable basée sur la justice, que s’établissent ici une réconciliation et une guérison véritables. Que soit universellement reconnu le droit de l’État d’Israël à exister et à jouir de la paix et de la sécurité dans des frontières internationalement reconnues. Et que soit de même reconnu que le peuple palestinien a le droit à une patrie souveraine et indépendante, de vivre avec dignité et de se déplacer librement. Que la solution de deux États devienne une réalité, et ne reste pas un rêve. Et que la paix jaillisse de ces terres, qu’elles soient « lumière des nations », apportant l’espérance à tant d’autres régions affectées par les conflits.
Une de mes plus tristes images au cours de ma visite sur ces terres a été le mur. En le longeant, j’ai prié pour un avenir dans lequel les peuples de la Terre sainte pourront vivre ensemble en paix et en harmonie, sans plus avoir besoin de telles mesures de sécurité et de séparation, mais plutôt dans le respect et la confiance mutuels, et en renonçant à toute forme de violence et d’agression. Monsieur le président, je sais combien il est dur d’atteindre ce but. Je sais quelles sont les difficultés de votre mission et celles de l’Autorité palestinienne. Mais je vous assure que mes prières et que les prières des catholiques à travers le monde sont avec vous quand vous persévérez dans vos efforts pour bâtir une paix juste et durable dans cette région.
Il me reste maintenant à exprimer, du fond du cœur, mes remerciements à tous ceux qui ont contribué de tant de façons à ma visite. Je suis profondément reconnaissant au Gouvernement, aux organisateurs, aux bénévoles, aux médias, à tous ceux qui ont procuré l’hospitalité à moi et à ceux qui m’accompagnaient. Soyez assurés que je me souviendrais de vous avec affection dans mes prières. À tous, je dis : merci, et que la paix soit avec vous. Shalom !
14 mai 2009
L'Europe, civilisation d'amour?
Tout au long de son pèlerinage en Terre Sainte, le pape Benoît XVI a expliqué lentement, patiemment, la révolution du christianisme.
En Jordanie, il a évoqué la liberté, la raison et l'intelligence qui permettent de découvrir ce Dieu seul capable de transformer le monde.
A Jérusalem, il a refusé l'égoïsme, le cynisme et le désespoir et réclamé avec force la sagesse, le dialogue et l'harmonie.
A Bethléem, il a appelé à la destruction des murs de haine qui séparent les communautés pour entrer dans une ère de compréhension, de réconciliation et de paix.
A Nazareth, il a promu la famille, "église domestique", école de sagesse, de foi et de paix.
En quelques jours, Benoît XVI a ainsi décrit une civilisation de l'amour qui serait fondée sur des familles croyantes et humbles, une éducation intelligente qui permettrait un discernement, une liberté orientée vers le Bien et une paix retrouvée.
Le Pape chante pour la paix
envoyé par KTOTV - L'info internationale vidéo.
A l'aune des élections européennes, nous pouvons nous demander si nous en prenons le chemin ou si nous nous en éloignons.
L'Europe est une idée magnifique portée, après la Seconde Guerre Mondiale de triste mémoire, par des chrétiens convaincus et convaincants, notamment l'italien De Gasperi et le français Robert Schuman dont le procès en béatification est en cours à Rome.
Nos pères fondateurs européens ont certaines similitudes avec les pères fondateurs américains. Ils voyaient dans une Europe unie et fière de ses valeurs un rempart contre le mal, un havre de liberté et de paix, une source développement économique, culturel, fraternel et humain. Près de deux siècles après la Déclaration d'Indépendance américaine, Robert Schuman et ses partenaires osaient affirmer plus fortement encore, de manière moins ésotérique peut-être, la puissance spirituelle et chrétienne qu'ils entendaient donner à cette construction.
Mais aujourd'hui, 50 ans plus tard, où en sommes-nous? Le projet commun se rapproche-t-il d'une civilisation de l'amour telle que l'attendait Paul VI ou prend-il des détours égoïstes, des circonvolutions dangereuses?
La réponse que nous proposons est certainement dans la question : l'Europe ne répond pas encore à ses objectifs de départ.
1- Peut-être parce que ceux-ci étaient idéalistes et qu'ils ne prenaient pas suffisamment en compte ce que des mathématiciens nommèrent à cette même période la "théorie des jeux" : le projet le plus beau n'est pas forcément celui que choisissent les acteurs irrationnels et individualistes dans un univers compétitif.
2- Mais peut-être également parce que nous nous perdons nous-mêmes dans un jeu pourtant jouable. Pour que l'Europe soit un début de civilisation d'amour, il faudrait qu'elle réaffirme courageusement ses valeurs et son origine chrétiennes et qu'en découlent naturellement la liberté, la démocratie, la charité, la justice et la paix. Pour que l'Europe soit un début de civilisation d'amour, il faudrait qu'elle cesse d'être une civilisation de l'égoïsme, du particularisme, du lobby. Pour que l'Europe soit un début de civilisation d'amour, il faudrait qu'elle ne soit plus ce mouton pragmatique qui suit les égarements d'une société au gré des sondages, qui voit le développement sous l'unique prisme économique et qui conçoit l'humanité comme une somme d'individualités contraintes de vivre ensemble plutôt que comme une communauté de personnes appelées à grandir ensemble.
3- Et peut-être finalement parce que nous sommes comme nos amis de Terre Sainte, des Hommes qui devons écouter un envoyé de Dieu prôner la foi, l'espérance et la charité.
Aussi, à un mois du scrutin européen, rappelons-nous les indications que Saint Benoît, saint-patron de l'Europe, donne à ses moines pour guider leur choix lors de l'élection démocratique de l'abbé du monastère : homme sage, homme de paix et serviteur fidèle, l'abbé doit œuvrer pour le bien de sa communauté. Pur, sobre et bienveillant, il doit être juste, aimé et ne doit jamais oublier de suivre les commandements de Dieu.
Nous ne sommes pas des moines mais Sagesse, abnégation dans son travail, justice, fidélité à sa mission et charité sincère ne sont pas forcément de mauvais critères de choix si l'on veut fonder une civilisation d'amour.
11 mai 2009
De l'absolue certitude à l'humilité
Il est curieux de voir que les plus virulents donneurs de leçons, les critiques les plus féroces, les parangons du droit d'expression ne se remettent jamais en question.
Il y a quelques semaines, le pape était un fiévreux fasciste et voilà que les discours qu'il prononce à chaque étape de son pèlerinage en Terre Sainte en bouchent un coin à ses trop fervents détracteurs. Le pape est porteur d'un message de paix et sa parole porte. Dans le même temps, il prône raison, intelligence et liberté à un islam replié sur lui-même. Bref, le pape est pape et il témoigne du message des Évangiles qui peut être exigeant parfois mais dont la ligne directrice reste toujours l'Amour de Dieu à travers l'Homme.
De la raison et de l'intelligence, les médias français en auraient bien besoin. Après avoir vilipendé en gros caractères Didier Julia, le député UMP parti avec ses deux copains pour "sauver" nos otages en Irak, sa réhabilitation s'écrit en police minuscule dans nos journaux. Les pieds nickelés étaient bel et bien téléguidés par l'Élysée et si les barbouzes ont fait des barbouzeries, c'est que l'État le leur avait commandé. En situation complexe, comme lors d'une prise d'otage en pleine guérilla, les médias devraient peser leurs mots.
La situation la plus complexe du XXe siècle, c'est la Shoah dont le pape s'est engagé ce matin à "honorer la mémoire". Beaucoup de choses ont été dites sur Pie XII et presque toujours négatives. Pourtant ils furent nombreux dans les années 50 à "honorer sa mémoire", à commencer par Golda Meir ("la voix du pape Pie XII s'est élevée en faveur des victimes"). Mais il a suffit d'une pièce de théâtre, Le Vicaire écrite par Rolf Hochhuth en 1963 (dont s'inspira Costa-Gavras pour Amen), pour que Pie XII devienne un pape honni. Depuis, les critiques pleuvent sur une Église qui n'est plus seulement ringarde, liberticide et moraliste mais qui serait en plus antisémite. Alors patiemment, l'Église trie ses archives et reconstitue les faits historiques pour offrir à un monde bourré de certitudes le vrai visage de son ancien pape. Et les dernières découvertes semblent bien contredire les cris d'orfraie des humanistes de salon de thé.
De l'humanité et de l'amour, Nadine Morano dit en avoir. Sûre d'elle, Nadine souhaite autoriser sous certaines conditions les mères porteuses. Ou de manière plus chic la "gestation pour autrui". Nous vivons dans une société qui est toujours sûre de son bon droit égoïste et de sa liberté individuelle, mais qui n'accepte pas de ne pas tout maîtriser et de laisser Dieu la guider sur un chemin inconnu. Pourtant, Benoît XVI le redit souvent : "chacun de nous avons un rôle à jouer dans le plan de Dieu". Ce rôle n'est pas forcément celui que nous attendions et bien que ce soit parfois au-dessus de nos forces, il faut justement prendre un peu de la force de Dieu pour que nos tristesses deviennent des lumières. Nadine, écoutez Mère Teresa qui nous criait avec tant de force : "choisis la vie" (pour la version musicale, c'est ici).
Toutes ces absolues certitudes nous ramènent au saint patron de notre pape pèlerin : Saint Benoît. Dans sa Règle, Benoît exigeait trois vertus de ses moines : le silence, l'obéissance et l"humilité.
Le silence, les personnalités médiatiques devraient parfois le mettre en pratique pour éviter de réagir brutalement. Seul le bruit du cœur est intéressant.
L'obéissance, nous devrions tous y travailler afin de sortir de nos égoïsmes et nous tourner vers une autorité d'amour, celle de Dieu.
L'humilité, c'est le chemin majeur. Nous ne savons pas tout; nous ne sommes pas tout. "Quand on se fait grand, on descend; quand on se fait petit, on monte."
Et forts de ces vertus, nous ouvrirons nos yeux sur un bonheur plus durable que nos petits gains quotidiens : l'assurance de l'amour et l'espérance de la vie.
07 mai 2009
Voir Israël et sourire
Benoit XVI entamera demain 08 mai son pèlerinage en Terre Sainte. Sous la chaleur brûlante du soleil de Dieu, il foulera le sable de Jordanie, d'Israël et des Territoires Palestiniens.
Depuis plusieurs jours, le pape le répète : il vient en "pèlerin de la paix". Qui d'autre que lui a la légitimité, l'humilité, l'intelligence et la foi pour apporter la paix?
Bien-sûr, nous nous attendons à une énième tentative de polémique. Mais le sujet est grave.
Le monde ne pourra pas rester sourd à l'inextricable question du Proche-Orient. Cela fait trop longtemps que la haine prend le dessus. Trop longtemps que l'Occident fait de la realpolitik. Trop longtemps que les religions servent d'alibi au meurtre. Trop longtemps que les cœurs se ferment.
Notre "pèlerin de la paix" a l'avantage de la posture : il n'est pas politique. La paix est question d'amour. Quand les objectifs de paix ne sont pas atteints, c'est que les parties prenantes calculent. Deux peuples, deux états, tout le monde l'accepte mais le calcul l'emporte. Le pape, lui, aime sont prochain comme lui-même. En Terre Sainte, il ouvrira un nouveau dialogue avec les autres religions, il partagera les différentes souffrances des peuples, il s'unira à leurs espérances. Priant Jésus, il insistera sans doute sur le souffle pacifiste d'une spiritualité profonde. Les Pères du Désert demandaient de "conserver inviolablement le bien de la charité et de la paix, parce qu'il n'y a rien, ni de plus pernicieux que la colère, ni de plus précieux que la charité."
Israël, Syrie, Liban, Jordanie sont des pays que les médias citent plusieurs fois par jour. Nous avons souvent l'impression que leurs haines ne s'arrêteront jamais. Mais c'est faux. Cette espérance que le monde est appelé à changer, le pape la portera.
A chaque voyage dans cet Orient si proche, nous sommes surpris par la douceur de vivre qui s'y dégage. Fumer un narguilé à la fraise dans un café de Damas; écouter le silence de la mer Morte du haut de Massada; s'enivrer d'un bon vin dans la plaine de la Bekaa. Dieu est là dans ces espaces colorés, dans ces femmes tout en rondeurs, dans ces odeurs épicées, dans ce temps qui s'écoule lentement. Malheureusement, un bras de fer se joue au fond des êtres et certains le Le voit pas. Certains se ferment à l'étranger. Certains se renferment dans leurs traditions.
Les chrétiens sont nés sur cette Terre si Sainte. Aujourd'hui ils désertent des pays arabes qui les chassent et Israël qui les ignorent un peu.
Les chrétiens sont nés dans une période complexe de l'histoire de l'humanité. Jésus a appelé à la paix et a demandé aux guerriers de baisser les armes. Aux citoyens de respecter l'État et de payer leurs taxes. Aux indigènes d'accueillir l'étranger. Qui d'autres que le pape peut exiger la même chose aujourd'hui?
"Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent" (Ps 85,11).
La danse de Rabbi Jacob
envoyé par bower91 -
22 avril 2009
Flèches de cupidité
Le pape Benoît XVI a estimé aujourd'hui que la "cupidité" était une des raisons de la crise.
BeniNews a évoqué à de nombreuses reprises ce veau d'or qui nous perd et qui nous conduit bien souvent à aller au-delà de la morale, à omettre le sens du bien commun, à oublier l'autre.
Pourtant, les Évangiles nous ont prévenu : "cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice, et Dieu vous donnera les autres choses en plus." (Matthieu 6, 33). Rien ne sert de plonger tête baissée dans une quête financière absurde, le résultat ne nous satisfera pas. Il est d'ailleurs symptomatique de lire dans un sondage de l'IFOP que 61% des français considèrent qu'il leur manque de l'argent pour être pleinement heureux, qu'ils soient pauvres... ou riches ! La spirale infernale ne s'arrête matériellement jamais.
La crise va-t-elle être le déclencheur d'un changement d'attitude? Espérons-le. Mais ne soyons pas naïfs, il y a encore du chemin.
Demain, le "zoulou boy" Jacob Zuma va réaliser son rêve et devenir le nouveau président de l'Afrique du Sud. XXI explique particulièrement bien sur son blog le parcours de ce personnage charismatique adoubé dans un premier temps par Thabo Mbeki, accusé de corruption en 2005, lâché par ses mentors avant de faire son retour en grâce seul avec son charme, ses discours, sa force. L'Afrique n'a pas fini d'éradiquer ce fléau de la cupidité qui la mine depuis bien longtemps.
Dans le reste de l'Afrique, le pétrole continue à faire des siennes. Mais pas seulement. L'agriculture est devenue le nouvel enjeu majeur où l'argent dicte une triste et mauvaise loi. Le nouveau numéro d'Afriquespoir, journal catholique africain qui parle avec son âme, analyse ce phénomène avec une grande justesse. N'est-ce pas la cupidité qui pousse Madagascar à louer la moitié de sa surface cultivable à une entreprise coréenne et à détourner ainsi un patrimoine naturelle qui devrait nourrir sa population? Les récents événements malgaches montrent bien que le sens du bien commun n'est pas l'unique critère des hommes de pouvoir.
Et ailleurs dans le monde, les exemples sont tout aussi nombreux. Beaucoup évoquent, par exemple, l'accusation de corruption de Jacob Zuma mais ils sont moins nombreux à dire que le corrupteur se nommait Thalès, groupe français étatique.
Nous avons les gouvernants que nous méritons. Une des plus anciennes règles démocratiques est la Règle que Saint Benoît de Nursie a rédigée à destination des futurs moines et qui régit la vie au sein du monastère. Il y explique que le père abbé doit être choisi d'un commun accord par les moines. Qu'il doit être un homme de paix, un homme sage et un homme fidèle. Nos gouvernants répondent-ils à ses critères? Quels sont nos propres critères de choix?
La cupidité est bien une cause majeure de la crise actuelle. Elle en est l'origine morale mais nous avons bien du mal à nous l'avouer. Changer n'est jamais facile. Sortir de l'égoïsme est contraignant. Penser à l'autre semble au-dessus de nos forces. Mais là-dessus, Saint Benoît nous enseigne ce précepte simple qui dit que faire le choix d'obéir à l'autre et par là-même d'obéir à Dieu, c'est gagner en sérénité.
En savourant l'hymne sud-africain Nkosi sikeleli Africa, gospel qui représenta tellement pour le monde, que cette crise nous réapprenne le sens du bien commun et qu'elle nous fasse comprendre que c'est l'unique voie pour trouver la paix.
15 avril 2009
Sauve qui peut
Dimanche dernier, jour de Pâques, jour de joie, nous avons tous reçu une bonne nouvelle: Jésus est vraiment ressuscité. Ouf !
Devant des centaines de milliers de personnes, le pape Benoît XVI l'a rappelé avec force et brio : "ce n'est ni un mythe, ni un rêve, ce n'est ni une vision, ni une utopie, ce n'est pas une fable, mais un événement unique et définitif : Jésus de Nazareth, fils de Marie, qui au soir du Vendredi saint a été descendu de la Croix et mis au tombeau, est sorti victorieux de la tombe." Et cet événement unique est une espérance pour tous les hommes, car il signifie que notre seule destinée n'est pas le néant mais la vie éternelle.
Nous devrions donc être rassurés et nous tourner simplement vers Dieu afin qu'il nous sauve. Oui mais voilà, l'Homme ne fait pas toujours ce qu'il devrait faire et l'humanité aime parfois, comme le cochon, se rouler dans la boue avec un gros sourire. Ainsi, au lieu de nous laisser sauver dans l'amour, nous essayons encore trop souvent de nous sauver tout seuls. Et c'est la cata, c'est la cata, c'est la catastrophe.
Laurence Ferrari, par exemple, ne sait plus quoi inventer pour faire parler d'elle. Mécontente de ses faibles audiences, elle fait joujou avec les médias pour tenter de ressusciter. Un coup, je fais un procès à Voici pour atteinte à la vie privée, un coup je fais la une de Paris-Match avec cette même vie privée. Personne n'y comprend rien sauf Voici qui lui fait un procès pour abus de procès! Pauvre Laurence... Pourtant elle devrait savoir qu'à la télé comme partout ailleurs, c'est toujours l'amour qui gagne. Aime ce que tu fais, fais-le avec amour et le sourire télégénique deviendra naturel.
Au gouvernement, certains ministres ruent dans les brancards pour que le petit Nicolas ne les oublie pas lors du prochain remaniement ministériel. Ainsi Nadine Morano souhaiterait devenir ministre de l'éducation, de la défense ou de l'intérieur. Trois ministères régaliens au choix. Après avoir été une triste ministre de la famille décomposée, Dame Nadine rêve sans doute de dominer des militaires solitaires et d'éduquer des élèves sexuellement précoces... Étrangement, le ministère de la famille, c'est un peu le casse-tête des hommes politiques. La plupart d'entre eux ayant de gros problèmes pulsionnels et souffrant fréquemment d'instabilité chronique, ils préfèrent généralement s'occuper des divorcés, des beaux-parents et des couples gays plutôt que promouvoir une famille stable, fidèle et rayonnante. Et pourtant la famille, source première d'amour, pourrait réellement sauver notre drôle de monde.
Dans le monde, les dirigeants font un concours de zigounette avec des missiles nucléaires. Après l'Iran qui ne veut toujours pas calmer ses ardeurs destructrices, la Corée du Nord joue des coudes pour se faire respecter. Et selon les informations de BeniNews, Israël aurait déjà décidé d'attaquer les infrastructures perses mais serait en attente de bombes que lui refusent les États-Unis. Tout ça est complexe et ne mène nulle part. Un jour Israël arme l'Iran contre l'Irak et le lendemain, l'Iran devient fou. Un jour on arme le Pakistan contre l'Inde et le lendemain, on arme l'Inde contre le Pakistan. La guerre est humaine et existera toujours. Nous faisons ainsi le triste constat que la paix ne dure pas si elle est uniquement "tactique". C'est pour cela que l'Homme et la science ne peuvent pas être des espérances satisfaisantes. Seul Dieu peut offrir une espérance aboutie, car il ne change pas. Il est celui qui est, qui était et qui sera Amour.
Aux États-Unis, Barack Obama voit des "signes d'amélioration" mais reconnait que la crise économique n'est pas terminée. A l'université de Georgetown, il a expliqué à nouveau son plan de relance économique et posé les fondations d'un nouveau "modèle durable pour une prospérité à long terme". L'expression est intéressante, car elle va au-delà de la simple analyse économique. Si l'argent était le seul vecteur de richesse, les riches créeraient des générations de riches et les pays riches le resteraient éternellement. Or il n'en est rien. L'histoire est pleine de faillites et d'échecs retentissants et a contrario pleine d'émergences et d'innovations. Ce qui nourrit ou assèche le terreau d'une croissance à long terme, ce sont les valeurs que la société promeut. Ce sont bien les valeurs matérialistes et individualistes qui ont amené la crise actuelle et ce sont bien les valeurs d'amour, de liberté, d'espérance, de tempérance, de justice, de prudence qui nous permettront de retrouver un monde prospère.
Ainsi, dans cet octave de Pâques, nous voyons bien qu'à chaque fois que nous cherchons à nous sauver tout seuls, nous allons dans un mur. A une époque où peu de gens savent ce qu'est la lumière de Pâques, les chrétiens ont vraiment ce devoir de rappeler sans cesse au monde leur foi et leur espérance et de mettre en œuvre quotidiennement leur charité.
Et alors que nous apprenons aujourd'hui le décès de Maurice Druon qui, avec son oncle Joseph Kessel, écrivit le Chant des Partisans (sur une musique d'Anna Marly), nous ne pouvons pas oublier que l'Homme a encore beaucoup de chemin à faire avant de "devenir ce qu'il est : le corps du Christ", selon l'expression de saint Augustin.
05 avril 2009
De la passion à l'amour
Aujourd'hui, dimanche des Rameaux, les catholiques ont droit à l'une des messes les plus longues de l'année. De l'entrée glorieuse de Jésus dans Jérusalem jusqu'à sa mort sur la croix, toute l'histoire éloquente de la semaine qui changea le cours du monde est racontée dans le détail.
Comme chaque week-end, nous pouvons nous retourner sur les moments clés de la semaine que nous venons de vivre et nous demander s'ils vont changer le cours du monde.
Le G20 au chevet de l'économie décide de faire jouer la planche à billets, de lutter contre les paradis fiscaux et de moraliser le capitalisme? Pourquoi pas. Mais quand la crise sera surmontée, il faudra que chacun se souvienne de la souffrance vécue et n'oublie plus de maintenir le cap d'une économie sociale dont le devoir est de se soucier du bien commun. De la passion à l'amour, il y a encore un pas à franchir.
Esme Chombo refuse à Madonna l'adoption de Mercy James? Certainement. Mais cela doit nous faire réfléchir sur notre manière d'appréhender le concept de famille. Qu'est-ce qu'un enfant, à quoi cela nous engage-t-il, est-il un droit, une grâce, un don ou un échange? De la passion à l'amour, il y a parfois encore un pas à franchir.
Barack Obama rêve d'un monde où le nucléaire n'existerait pas? Bien-sûr. Mais au-delà des mots, de la stratégie géopolitique, de la peur d'un monde qui s'auto-détruierait, nous ne devons jamais cesser de crier un message de paix. Nous aimons bien faire la paix avec nos amis mais nous avons beaucoup plus de mal à pardonner à nos ennemis. La paix n'est pas impossible. Proche-Orient, Afghanistan, Afrique, ne baissons pas les bras, ne hurlons pas avec les loups haineux pro-X ou pro-Y et ayons foi en l'avenir. De la passion à l'amour, il y a un pas immense à franchir... mais il est jouable.
Bernard Kouchner donne une vision renouvelée des rapports entre la France et l'Afrique? En avant. Mais pourquoi alors a-t-il tant critiqué Benoit XVI qui a dit de manière largement plus virulente que lui son espoir de paix, de justice et de réconciliation pour un continent qui a toujours été méprisé par des "âmes charitables" particulièrement intéressées? Corruption, haines guerrières, maladies, pauvreté, comportements envers les femmes, l'Afrique subit de nombreuses souffrances et la France a souvent fait les mauvais choix. L'Afrique aussi d'ailleurs. De la passion à l'amour, il y a un pas que l'Afrique seule peut franchir.
La Chambre des Représentants belge proteste officiellement contre les propos de Benoit XVI sur le préservatif? Non, non et non. Que Pierre Bergé, Alain Juppé et Nadine Morano se prennent avec une démagogie infantile pour des chantres de la moralité et des professionnels de la théologie passe encore, mais qu'un état qui peut s'honorer d'avoir eu en Baudouin un roi béatifiable ne soit pas capable de prendre 5mn pour réfléchir à une nécessaire éducation sexuelle du monde contemporain, cela dépasse l'entendement. De la passion à l'amour, il y a un pas difficile à franchir et pourtant si beau.
Michelle Obama offre une guitare Gibson à Carla Bruni-Sarkozy en marge du sommet de l'Otan? On s'en fiche. Cet événement-là n'a vraiment pas changé le monde.
Oui, en ce dimanche des Rameaux, nous comprenons que le monde est complexe. Que bien souvent il souffre et qu'il faut que cela change.
Il y a deux mille, un dieu s'est fait homme et a accepté de souffrir pour débloquer la situation. Pour que l'Homme comprenne. Deux mille ans après, ce n'est pas encore gagné. Sauf si l'on se dit que toute cette souffrance, tous ces problèmes, toutes ces crises peuvent être dépassées et qu'après la passion, l'Homme choisira l'amour.