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La France kiffe l'IVG. En 2014, c'est donc la fête. L'anniversaire à ne pas manquer. Il parait que le droit à l'avortement a 40 ans et il ne fait même pas sa crise.

Les médias passent en boucle l'éloquent discours de Simone Veil à la tribune de l'Assemblée nationale, la classe politique est unanime, les cours d'école en parlent la larme à l'oeil: la légalisation de l'avortement est le jour mémorable de la fin du 20e siècle. Les femmes sont enfin libres. Comme dirait Thierry Roland: "après avoir vu ça, on peut mourir tranquille." Enfin là, ce n'est pas vraiment nous qui mourons, mais bon. 

Il n'y a pas de débat, sauf à être un fieffé facho. Ou un con. Ou un religieux, ce qui revient à peu près au même. A l'Assemblée Nationale en ce jour où la France réaffirme le droit fondamental et universel de la femme à disposer librement de son corps, 7 cons ont refusé de voter la résolution. 2 fachos et 5 cathos coincés, c'est dire. 7 cons qui sont peut-être les seuls à avoir regardé la vidéo de Simone Veil qui circule pourtant en boucle depuis le début de la journée.

Car cette Simone que tout le monde loue, cette Simone qui reçoit une batterie d'hommages sans pouvoir malheureusement exprimer ce qu'elle ressent aujourd'hui, cette Simone qui, comme Nicolas Sarkozy, a plus que 2 neurones, qu'a-t-elle donc dit à l'Assemblée Nationale le 26 novembre 1974 pendant que la majorité des français écoutait Vanina, Le Téléphone Pleure et Waterloo?

Simone a tout d'abord évoqué l'humilité devant la difficulté du problème. L'avortement n'est pas un sujet facile; il ne le sera jamais. 

Simone s'est émue de la situation de trop nombreuses "femmes en détresse", expression que le gouvernement actuel a supprimé de la loi. "Celles qui se trouvent dans cette situation ce détresse, qui s’en préoccupe?", s'écriait-elle. Certainement pas ceux qui la nient. Première rature.

Simone a affirmé par conviction profonde le caractère exceptionnel de cette loi. "L’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue", sont ses propres mots. En faisant de cette loi un droit fondamental, en la liant au planning familial, en retirant la notion de détresse, les députés ont transformé profondément ce qu'ils louent et n'ont pas écouté celle qu'ils glorifient. Deuxième rature.

Simone a parlé du père de l'enfant. Celui que tout le monde oublie. Celui qui n'a pas beaucoup le droit à disposer du devenir de son sperme. Car si la femme dispose de son corps en 2014, le petit être qui s'y réchauffe a une origine partielle paternelle. Certes, de trop nombreux pères ne veulent pas s'en souvenir mais tous les hommes ne sont pas des salauds. "La décision de l’interruption de grossesse ne devrait pas, chacun le ressent, être entreprise par la femme seule, mais aussi par son mari ou son compagnon." Ce nouveau droit fondamental de la femme à "disposer de son corps" est très mal exprimé, car il nie le père. Troisième rature.

Simone a reconnu la vie, à la manière de Saint Thomas d'Aquin. Un enfant en puissance. "Plus personne ne conteste maintenant que, sur un plan strictement médical, l’embryon porte en lui définitivement toutes les virtualités de l’être humain qu’il deviendra." C'est notamment pour cela qu'elle considère sa loi comme dissuasive. C'est pour cela qu'elle enjoint au médecin un rôle de conseil. C'est pour cela qu'elle propose "une consultation auprès d’un organisme social qui aura pour mission d’écouter la femme, ou le couple lorsqu’il y en a un". C'est pour cela qu'elle contraint la femme à un délai de réflexion de 8 jours. C'est pour cela qu'elle évoque l'accouchement anonyme et l'adoption. Quatrième rature.

Simone a refusé le remboursement de cet acte par la Sécurité Sociale, alors même que Marisol Touraine se vante aujourd'hui d'avoir permis son remboursement à 100%. "Ce qu’il faut aussi, c’est bien marquer la différence entre la contraception qui, lorsque les femmes ne désirent pas un enfant, doit être encouragée par tous les moyens et dont le remboursement par la Sécurité sociale vient d’être décidé, et l’avortement que la société tolère mais qu’elle ne saurait ni prendre en charge ni encourager." Cinquième rature.

Simone n'a pas créé un nouveau "droit". Le droit à l'avortement n'est pas né en 1974. "Si elle n’interdit plus, elle ne crée aucun droit à l’avortement et que, comme le disait Montesquieu : "la nature des lois humaines est d’être soumise à tous les accidents qui arrivent et de varier à mesure que les volontés des hommes changent. Au contraire, la nature des lois de la religion est de ne varier jamais. Les lois humaines statuent sur le bien, la religion sur le meilleur"." Le droit fondamental que les députés ont aujourd'hui "réaffirmé", ils l'ont inventé. Sixième rature.

Ils ne sont donc que 7 députés à avoir lu, écouté, compris ce que Simone Veil a voulu exprimer.

L'avortement est un sujet complexe comme tous ceux qui traitent de la vie; je ne souhaitais pas aujourd'hui en débattre. Je regrette uniquement que Simone Veil soit utilisée, vantée, louée sans pouvoir s'exprimer. La vie nous empêche d'écouter une voix que beaucoup ont combattu mais qui a toujours eu une certaine retenue et vigilance. 

Chère Simone, mon univers spirituel m'empêche parfois d'être d'accord avec vous mais je suis certain que votre sagesse est triste devant ce spectacle affligeant de consommation de la vie. J'aimerais pouvoir ce soir me glisser chez vous avec les multiples amendements que les députés successifs ont votés sur votre texte de loi, avec aussi cette ultime et pathétique résolution. Nous prendrions alors nerveusement tous les deux notre stylo et la larme à l'oeil, je vous soufflerais: "en rature Simone".