affiche_209Depuis quelques mois, alors que notre bienaimé Président de la République refuse toujours d'ouvrir un vaste débat public sur le #mariagepourtous, les langues commencent à se délier. Nous voyons fleurir ici ou là des prises de position médiatiques, des affirmations, des questionnements, des peurs ou des espérances, et tous ces bourgeons de débat arrachés à la sueur de nos fronts d'abeilles butineuses qui allons sans cesse au travail sans nous décourager ont un goût de miel suave et réjouissant. Oui, la France est prête à réfléchir sur son humanité, à ne pas tout avaler, à se forger une opinion.

Si mes revues de presse quotidiennes font parfois sourire mon cerveau et mon coeur, elles réussisent encore trop souvent à leur infliger une douloureuse torture. Trois d'entre elles m'apportèrent ainsi quelques maux de ventre. Ma première contraction me vint d'une tribune dans un journal local qui comparait le #mariagepourtous à la lutte des noirs aux Etats-Unis et donc ses opposants à d'affreux racistes; ma deuxième contraction arriva lors de ma lecture d'un célèbre blog juridique qui expliquait que l'adoption par une personne homosexuelle étant déjà, d'une certaine manière, autorisée, cette loi ne changerait rien; ma troisième contraction m'acheva devant le texte d'un ancien patron de presse qui affirmait son soutien au projet de loi en affichant une vision de la famille particulière ayant au moins le mérite de poser le vrai débat.

Revenons tout d'abord sur le racisme, l'antisémitisme et l'homophobie. Au cours de l'histoire, les hommes ont souvent eu peur les uns des autres. Peur de la différence, peur de l'inconnu, peur de l'Autre. Les chinois des japonais, les hutus des tutsis, les noirs des arabes, les blancs des noirs. Il est arrivé trop souvent que cette peur culturelle dérappe vers des comportements criminels et se transforme en une haine meurtrière. A chaque fois, la peur culturelle tenta vainement de se fonder sur l'anthropologie. "Les noirs ne sont pas des êtres humains", "les juifs ne sont pas des êtres humains", "les tutsis ne sont pas des êtres humains". Ces affirmations anthropologiques absurdes devaient alors justifier des massacres, jusqu'au retour heureux de la raison et de la vérité. Nous sommes tous hommes. Tous hommes et femmes créés à l'image et à la ressemblance de Dieu. Tous humains, dans l'immense richesse de nos différences. Il y a sans doute, au sein de nos familles ou même dans un coin de nous-mêmes, des gens qui ont peur de l'Autre, le gay, la lesbienne. Que cette peur doive être combattue est une réalité. Hier, aujourd'hui et demain, il nous faut expérimenter la joie d'aimer l'Autre, avec toutes les difficultés que cela peut parfois comporter. Le gay, le noir, le musulman, le chrétien, le juif, le vieux, l'handicapé, le blanc. Nous sommes très loin de vivre harmonieusement en communauté. Oui, ce combat des homosexuels pour un plus grand amour est juste. Mais ce n'est pas le débat du #mariagepourtous. Alors que la peur culturelle à l'origine du racisme tentait de se justifier par un débat anthopologique inexistant, une question anthropologique sans aucun rapport mérite aujourd'hui d'être posée. Deux personnes du même sexe ne peuvent pas avoir d'enfants naturellement. Cela semble idiot de le rappeler mais il le faut. Quand on compare le débat actuel à la lutte des noirs, on tente de faire croire que la question était la même et cela est honteusement raciste. Noir, blanc, nous avons la même faculté d'engendrement. Le racisme est justement racisme, car il ne repose sur rien. Le débat sur le #mariagepourtous n'est pas un débat de racisme culturel ou d'homophobie. Il y a de l'homophobie dans notre société bien-sûr mais ce n'est pas le sujet. Nous parlons aujourd'hui d'un autre sujet. Un débat qui repose sur une réalité fondamentale. Un débat anthropologique. Un débat qui ne nie absolument pas l'humanité homosexuelle, qui ne nie pas ces hommes et femmes créés à l'image et à la ressemblance de Dieu, ces hommes et femmes qui peuvent être procréateurs d'humanité naturellement, mais qui réaffirme que cet engendrement a des règles inscrites qui ont un sens.

Et c'est là où mon bloggeur juriste m'a hérissé le poil. Il est aisé de rester dans un bouquin de droit et de dire que finalement, tout cela ne change rien. Des célibataires peuvent adopter, les questions de filiation sont complexes, la Cour Européenne des Droits de l'Homme a déjà tranché... C'est une vision qui n'est pas une opinion personnelle ou qui ne se fonde pas sur une conviction. Il est très clair que les opposants au #mariagepourtous le sont tout autant à l'adoption par des célibataires. Il est très clair que les opposants au #mariagepourtous ne sont pas enthousiastes lorsqu'ils découvrent dans les journaux les dernières trouvailles de la CEDH. Il est très clair que les opposants au #mariagepourtous se fondent sur des convictions que le droit a déjà ébranlé mais dont la dernière goutte est celle de trop qui ne doit pas faire oublier toutes les autres au risque de stigmatiser une tranche de population qui n'y est pour pas grand'chose. 

Le débat réel est bien plus vaste que le mariage gay. Il est d'ailleurs bien mieux expliqué par l'expression #mariagepourtous et devrait s'étendre à la question fondamentale de l'être humain. Le bloggeur talentueux qui provoqua ma deuxième contraction donne une clef de réponse dans ses propres commentaires aux commentaires de son article. Si dans l'article, l'auteur concentre ses efforts sur des arguments juridiques frôlant l'indifférence, un commentaire concernant la PMA et la GPA est un peu plus révélateur : "Il faudra bien que la loi française, à défaut d’autoriser ces pratiques en France (encore un marché qui se délocalise…) accepte qu’elles poursuivent leurs effets en France. L’intérêt de l’enfant l’exige, pour le coup." Je ne pense pas que cela soit l'intérêt de l'enfant que d'accepter une pratique indigne qui n'est certainement pas dans l'intérêt de l'être humain. Mais nous arrivons au vrai coeur du sujet. Célibataires adoptants, PMA, GPA, tous ces thèmes ne sont pas "homosexuels". Le #mariagepourtous a permi à la population de prendre conscience que l'Etat positiviste était en train, petit à petit, de mettre à mal le principe familial. La famille est-elle un don ou un dû? Sexualité, famille, enfants sont-ils liés? Procréation et éducation sont-ils une suite logique? Un homme ou une femme sont-ils des êtres sexuels ou des êtres entiers et complémentaires, forts d'une altérité aux multiples facettes? Ces questions passionnantes vont bien plus loin qu'un simple argument d'égalité. Deux mondes s'opposent, deux visions de l'homme chacunes avec ses convictions. Etant partie prenante, je dirais subjectivement que l'écologie humaine fait face à un positivisme individualiste dangereux mais je voudrais surtout que les partisans du #mariagepourtous affirment le fond de leur pensée. Pour qu'on débatte vraiment, cartes sur table de la société que nous voulons (re)construire. Le patron de presse qui faillit m'achever avec une troisième contraction a eu le courage de ses opinions en parlant de la famille : "Pour moi, c'est une institution trop rigide et religieuse. Je ne suis pas sûr qu'elle convienne ni à notre époque ni aux couples nombreux, tant chez les hétéros que chez les homos, qui souhaitent conserver en transparence une grande liberté sexuelle, garante, de mon point de vue, de la longévité des unions. Dans les années 1930, dans la grande bourgeoisie, maris et femmes vivaient souvent chacun librement et la vie de famille était heureusement et fréquemment en partie dissociée de la vie sexuelle. Et il y avait en plus la soupape des maisons closes." Le vrai débat est celui de la famille. Certains pensent qu'elle est un don, d'autres qu'elle est un dû ou une chose évolutive à façonner en fonction de ses désirs. Il y a d'ailleurs des slogans provocateurs mais qui ont le mérite d'être une pensée aboutie chez certains partisans du #mariagepourtous : "On veut l'adoption, pas les gosses", "le divorce pour tous", "je veux" (divorcer, des enfants, des droits...), etc.

Le #mariagepourtous est un vrai sujet qui mérite pleinement qu'on s'y attarde, que le gouvernement s'y attarde, que les français s'y attardent. C'est un sujet symptomatique de la société actuelle. Tout à l'heure dans le métro, la publicité d'un site e-commerce célèbre en France m'attrapa : "déçu par vos cadeaux, revendez-les." Société du don ou société du dû? De l'autre ou de soi? Allons-nous dans le sens de l'histoire ou retournons-nous en préhistoire, avant que cette lente évolution des peuples ne les ait amenés à se décentrer?

J'ai entendu plusieurs personnes critiques déclarer que les opposants au #mariagepourtous devraient plutôt manifester contre la pauvreté ou les violences faites aux femmes. A mes côtés, le 13 janvier, il y avait des gens qui dorment chaque soir avec des SDF, des gens qui passent leurs WE avec des handicapés, des gens qui vivent plusieurs années avec les pauvres d'Afrique ou d'ailleurs. Le 27 janvier, au Théatre du Rond-Point, il y aura des stars. Ce n'est pas le mariage gay le débat, c'est l'homme.