aristide_briand_caricature_mEn prévision de la fin du monde qui doit arriver le 21 décembre 2012, François Hollande, Jean-Marc Ayrault et tous leurs amis du gouvernement ont vaillamment décidé de s'attaquer aux religions. Assez bizarrement d'ailleurs, puisqu'en général la peur de la mort crée un sursaut spirituel. Peut-être finalement que les socialistes n'ont pas peur de la fin du monde, je n'en sais rien; mais je commence à croire qu'en voulant provoquer la fin d'un monde, ils sont en train de réveiller beaucoup de monde. Et ce n'est certainement pas la fin. Pas même le début de la fin. Mais la fin du commencement, comme l'aurait dit Churchill.

Car s'il n'anticipe pas une fin du monde normale, notre président normal fait en revanche dans l'anticléricalisme normal. Banal. Médiocre même. Sans le vouloir, oserais-je dire, car il est fort possible que François Hollande, qui s'intéresse assez peu aux choses spirituelles, n'ait pas mesuré l'impact profond des actions, réactions, déclarations de ses sbires depuis quelques semaines.

Cela avait débuté tranquillement et très intellectuellement juste après les élections du printemps. Vincent Peillon nous annonçait alors le début d'une nouvelle ère. Biographe de Ferdinand Buisson, qui fut tout à la fois le président de la commission parlementaire qui rédigea le texte de la loi de séparation des Églises et de l'État en 1905 et l'inspirateur d'une étrange morale/religion laïque (cf Une religion pour la République, la foi laïque de Ferdinand Buisson), Vincent Peillon encourageait en effet le monde enseignant à remplacer les familles, les églises et autres structures d'éducation et de transmission, et à mettre en place une nouvelle morale laïque d'Etat. Vincent Peillon est un théoricien qui définit admirablement ce qui est en jeu aujourd'hui en France : la foi laïque. Toute la réflexion intellectuelle qu'il souhaite mettre en action tient dans la recherche d'une foi laïque qui arracherait les hommes à leurs différents déterminismes (social, familial, religieux). C'est ainsi qu'il y a quelques mois, Vincent Peillon nous proposait une nouvelle voie brillante mais dangereuse qui est l'étatisme moraliste. Dorénavant, en France, ce sera l'Etat qui fera les homélies. Mais au pays des Soviets, Vincent a oublié Jésus vivant au coeur de son saint Patron. Il ne s'est pas souvenu de saint Vincent de Paul, exemple magnifique de la morale religieuse et de la charité véritable, qui permit aux hommes de son temps de toucher l'amour divin.

Puis vint le (non-)débat sur le mariage homosexuel. Une mesure de campagne qui devait passer comme une lettre postée par Olivier Besancenot et qui s'avéra mal affranchie. Les partisans de la morale laïque et positiviste sous-estimèrent la pensée philosophique et anthropologique des français. Les français ne se suffisent pas d'une morale conjoncturelle et pragmatique assénée par un Etat qui évolue tous les 5 ans; ils pensent l'homme, l'être humain, bien plus que certains ne le croient. Ainsi, après un projet brouillon de la ministre de la famille Dominique Bertinotti, une reprise en main par la ministre de la justice Christiane Taubira et une promotion hasardeuse par la porte-parole Najat Belkacem, vint le tour du député Erwan Binet, rapporteur de la loi sur le mariage pour tous à l'Assemblée Nationale. Erwann, ce n'est plus 1905 et le très respectable Ferdinand Buisson, c'est 1793 et Fouquier-Tinville. Je débats avec moi-même et ceux qui pensent comme moi, et j'accuse les autres d'être des fauteurs de trouble. C'est ainsi qu'Erwann Binet déclara qu'il n'avait pas auditionné de juristes opposés à la loi, car il n'en connaissait pas. Soit notre vaillant député manque de curiosité, soit il manque d'honneteté. Cela me rappelle du reste la phrase sublime d'Arnaud Lagardère à propos du supposé délit d'initié chez Eads : "J’ai le choix entre passer pour quelqu’un de malhonnête ou d'incompétent, qui ne sait pas ce qui s’est passé dans ses usines, j’assume cette seconde version." Je ne sais toujours pas ce que choisirait Erwann Binet mais la suite des auditions donne un éclairage certain. C'est ainsi que vendredi dernier, Erwann Binet convia ses nouveaux ennemis religieux en huis-clos à l'Assemblée Nationale. Monseigneur Vingt-Trois s'en souvient encore, lui qui répondit à la question d'un journaliste : "avez-vous le sentiment d'avoir été entendu?" par l'admirable "oui, la sono était très bonne !". Pendant une heure, l'Eglise catholique fut accusée d'être un lobby qui appuie son pouvoir par l'institution du mariage et lance ses troupes à l'assaut du gouvernement, alors que le débat devrait se cantonner au Parlement (ce qu'a semble-t'il oublié le porte-parole du PS, David Assouline, qui encourage à aller manifester pour la loi, le 16 décembre... faudrait savoir). François Hollande doit commencer à se rendre compte que son passage en force sur une loi qui modifie en profondeur la société est une erreur politique mais également, plus grave encore, une faute morale. Et même une faute morale laïque. En discutant avec Vincent Peillon, il pourrait s'inspirer de Ferdinand Buisson mais surtout d'Aristide Briand qui sut, en 1905 mettre de l'eau dans le vin des anticléricaux et accepter de débattre, discuter et modifier la loi. En outre, au pays des Soviets, Erwann Binet a oublié Jésus vivant au coeur de son saint Patron. Il ne s'est pas souvenu de Saint Yves (Erwann), patron des professions du droit et de la justice, patron des avocats, qui avait à coeur d'écouter les uns et les autres pour mieux discerner et rendre humblement un jugement en vérité.

Mais ce nouvel anticléricalisme d'état ne s'arrête pas là puisque récemment ce fut au tour de Cécile Duflot de jeter un pavé supplémentaire dans la mare du gouvernement. Sous les pavés de 2012, ce n'est plus la plage de sable fin mais bien un marécage boueux. Voilà que Cécile menace de réquisitionner les biens de l'Eglise pour y loger des sans-abris, sous-entendant vulgairement que l'Eglise se drape dans du velours. Dans la série Downton Abbey, la comtesse douairière rappelait à juste titre que : "vulgarity is no substitute for wit." Un pavé vulgaire reste un pavé vulgaire, indigne d'une ministre. Reste le fond. Le fond qui est cette Eglise qui prête ses paroisses, locaux, séminaires diocésains pour héberger chaque hiver des centaines de SDF; cette Eglise qui est à l'origine de très nombreuses associations d'entraide, que ce soit la Fondation Abbé Pierre, l'association Lazare ou le Secours Catholique; cette Eglise qui fournit une grande partie des bénévoles dont la présence est indispensable à un accueil charitable des sans-abris. Cécile Duflot s'est permis de donner une leçon de morale à l'Eglise en citant à la presse une lettre qu'elle n'avait même pas envoyée à Monseigneur Vingt-Trois, son cabinet étant encore au téléphone avec la standardiste du diocèse pour connaître son adresse. Il y a des actions qui révèlent les personnages. Parce que l'Eglise s'oppose vigoureusement à la loi sur le mariage pour tous, Cécile Duflot se sent obligée d'attaquer sur un terrain qu'elle ne maîtrise pas et où l'Etat est n'est pas forcément gagnant. Sur le terrain de la charité véritable, combien de divisions? L'Eglise doit continuer à progresser sur le chemin de la sainteté des hommes et des femmes qui la compose mais elle n'a pas non plus à rougir de son action qui est déterminante, à travers le monde, dans le combat contre la pauvreté, pour la justice et la paix. Sun Tzu aurait pu enseigner à Cécile Duflot qu'on n'engage une guerre que lorsqu'on est sûr de la gagner. Le terrain va bientôt devenir assez glissant... Dommage qu'au pays des Soviets, Cécile Duflot ait oublié Jésus vivant au coeur de sa sainte Patronne. Elle ne s'est pas souvenu de sainte Cécile, jeune romaine qui proclama sa foi en milieu hostile jusqu'au martyre.

Tout cela est assez triste mais ce n'est pas la fin du monde. Au pays des Soviets, Tintin s'en est sorti; Jésus n'a pas trop de souci à se faire. Mais alors que nos cousins juifs s'apprêtent à fêter Hanouka, souvenons-nous de l'histoire du peuple élu. Hanouka nous rappelle en effet que suite à l'interdiction du culte juif par le roi de Syrie ainsi qu'à la profanation du Temple, le peuple se révolta et un miracle se produisit : l'huile du Temple vint à profusion et la bougie se ralluma. Souvenons-également de Noël, naissance de Jésus fils de Dieu et espérance du monde. 

On peut empêcher les évêques de parler, réécrire l'histoire dans les livres scolaires, injurier les bénévoles qui puisent leur charité au coeur de leur foi, tout cela est vain. La foi est un cadeau. On peut l'avoir ou non, l'enseigner ou non, la désirer ou non, là n'est pas la question. La foi est libre. 

Et la liberté, ça ne se combat pas.