BeniNews

13 avril 2013

Cet article est radical

902548_451482411592633_2064183770_oDepuis quelques jours, le gouvernement cherche à mettre derrière lui à marche forcée le très mauvais moment que la Manif pour tous lui fait passer. Vote à mains levées au Sénat, en catimini, sans scrutin public; passage en force à l'Assemblée Nationale; consignes de vote autoritaires. Le pouvoir législatif use de techniques pour vaincre le pouvoir populaire. Tactiquement, c'est assez malin. Philosophiquement, c'est plus douteux. Stratégiquement, c'est très dangereux. C'est surtout radical.

"Radical" est le nouveau mot à la mode. Je ne sais pas si c'était un jeudi ou un vendredi, peut-être même un mercredi. Un jour quelconque. Il faisait encore un peu froid dehors. Les filles n'avaient toujours pas raccourci les jupes et les garçons se demandaient si le PSG allait ou non réussir à battre le Barça. chez Publicis, entre deux longues période d'ennui, le téléphone sonna. Un gars de l'Elysée, le coeur battant à 400, hurla son désarroi. Panique à bord. Il raconta que tous les soirs depuis 6 mois, il faisait des cauchemards plein de T-shirts roses, de bébés hurleurs, de papas et de mamans. Chez Publicis, ils étaient interloqués. Autant ils s'y connaissaient en éléphants roses après quelques pilules bleues, mais des familles réactionnaires en T-shirts roses... Ils n'avaient jamais été à ce point défoncés. Ils ne savaient pas quoi faire. Les bras ballants des cohortes de bobos tournaient en rond dans des couloirs stylés. Soudain, il y en un ou une, peut-être même un stagiaire, qui eut une idée géniale pour contrer tous ces gens bizarres qui manifestent contre le mariage pour tous. Radical. Le mot magique. Au pluriel, c'est avec un "s" comme Valls ou avec un "aux" comme Ayrault? Et est-ce qu'on ne pourrait pas en faire un verbe? Genre, ces manifestants radicaux se sont radicalisés. Ca tape. Yeah baby, ça va les moucher rapide. 

Les spécialistes du langage dans l'entourage de notre si peu aimé président ont le verbe un peu radical. Cela pourrait être efficace mais cela devient plutôt ridicule. Voir tous ces ministres, tous ces députés sortis de nulle part prendre un micro et dire le même jour le même mot est radicalement ridicule. Un million de personnes? Radical. Filiation, engendrement, altérité? Radical. PMA, GPA, dignité de la personne humaine? Radical. 

Pourtant, en y réfléchissant un peu plus, il n'avait pas complètement tort, notre pubard. Il y a effectivement une certaine radicalisation qui devient dangereuse.

Cela fait 6 mois que j'entends à tout bout de champ des hommes et des femmes politiques, des journalistes, des voisins de dîner livrer au monde une pensée radicale qui se limite à deux mots : égalité, amour. Demain, je n'oublierai pas de demander à ma grand-mère si au nom de l'égalité, elle ne voudrait pas se faire une petite PMA après s'être mariée avec ses deux amants qu'elle aime sincèrement... Des interdits, il y a en des myriades. Certains veulent en retirer un, le droit des couples de même sexe à adopter, mais ne sont pas pour autant prêts à les retirer tous : la procréation pour les personnes âgées, le droit de se marier à plusieurs, l'adoption par un frère et une soeur, etc. Là où il y a de l'amour, il n'y a pas toujours des droits similaires. Nous avons tous nos limites et nos interdits qui concernent des situations... radicalement différentes. La Manif Pour Tous a gagné la bataille de l'esprit. Alors qu'elle a passé les 6 derniers mois à argumenter avec sérieux, ses farouches opposants gouvernementaux n'ont cessé de répondre par des mots radicaux. Cette victoire est la plus belle.

Cela fait 6 mois qu'une mobilisation unique marche, piétine, campe partout en France. La plus forte mobilisation sociale depuis 20 ans. Ce n'est pas rien. Face à cela, le gouvernement oppose un silence radical. Les médias aussi d'ailleurs, bien qu'ils commencent à comprendre leur méprisante erreur. Plus d'un million de personnes régulièrement dans la rue et pas une invitation à l'Elysée. Une commission des lois qui se déclare incapable de trouver un juriste opposé au projet. Des ministres qui ignorent, méprisent, accusent. C'est radicalement novateur. Le mouvement contre la réforme des retraites a provoqué nombre de réunions, de petits mots, de négociations. Les infirmières, les lycéens, les étudiants, les ouvriers ont tous connu leur heure de gloire. Un seul mouvement fait face à une porte fermée. Quelle que soit l'opinion de chacun, cette attitude radicale est injustifiable. Elle nie la dignité de l'homme en niant la vocation de chaque personne à participer à la vie de la communauté.

Cela fait 6 mois que j'entends certains me dire que nous devrions nous mobiliser contre la pauvreté, la faim dans le monde, la guerre en Syrie. Ces gens vont-ils parfois là où se trouvent les malheureux dont ils parlent depuis leur canapé? Vont-ils les rencontrer dans leur radicalité? La famille est le cercle d'amour essentiel à la dignité de la personne humaine. La famille est bien souvent salvatrice et c'est cette entité merveilleuse que toute cette foule veut justement défendre quand d'aucuns veulent la destructurer. Je préfèrerais voir au JT de TF1 un ministre de la famille louant cette famille unie dans la durée qui offre tant de stabilité et d'amour. Ce genre d'argument radical est parfois triste à entendre. Ces contradicteurs devraient se balader au milieu de la foule. Ils y verraient qui s'abandonne quotidiennement auprès des sans-abris, qui s'occupe des personnes lourdement handicapées, qui va visiter les personnes âgées, qui vole à la rencontre des habitants de pays oubliés, qui défend au tribunal des enfants dont l'absence de famille stable a cruellement manqué. Et peut-être changeraient-ils radicalement d'avis. 

Cela fait 6 mois que des manifestants qu'on qualifiait de bisounours s'habillent en rose avec des pancartes tout droit sorties de Fisher Price. Qu'ils organisent des flashmob, des campings, des joggings. Il n'y a jamais eu une seule vitrine cassée, un jet de pierre, une aggressivité quelconque. Rien. Ce mouvement est radical, oui, car c'est le premier à respecter les autres. Pendant que le Parlement justifie l'immunité pour des mouvements sociaux d'une rare violence, la Préfecture met en garde à vue une soixantaine de jeunes gens roses qui font un sitting. Cette tentative autoritaire de stoper un mouvement populaire pacifiste est radicale. Le gouvernement est totalement dépassé par l'ampleur de l'opposition à son projet de loi. J'entends encore un haut conseiller me dire en septembre qu'il n'y avait aucune discussion possible, que tout cela serait bouclé en décembre et que les français s'en fichaient. Analyse radicalement erronnée et incompétente, noyée dans son idéologie. Le passage en force actuel, l'absence totale d'écoute, le mépris sont totalement indignes. Nous sommes passés d'un Président normal à un Président radical.

Alors soit, je suis radical. Je me radicalise radicalement dans ma radicalité. Mais en français, avec des mots doux et tendres, je dirais juste que je veux poursuivre mon opposition à un projet de loi qui me semble dangereux. Je continuerai à m'engager pour promouvoir une société qui remettrait la personne humaine au coeur de son développement. Une écologie humaine qui respecterait l'intégralité de la personne humaine et rappelerait le caractère central de la famille; une économie dynamique et innovante qui serait assise sur le Bien Commun et partagerait les ressources avec justesse; un environnement naturel dont la merveille serait défendue; un patrimoine culturel, intellectuel et spirituel qui serait transmis.

Pour une fois que le débat public pouvait porter sur l'Homme, pour une fois que les citoyens s'intéressaient à l'Homme, c'est plus que dommage, c'est véritablement absurde de ne pas avoir osé provoquer des états-généraux de la famille, cette communauté tellement fondamentale.

Comme le faisait dire brillamment Audiard à Gabin dans Le Président, la politique devrait être une vocation alors que pour certains elle est un métier. Un peu comme le mariage finalement...

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25 mars 2013

Merci François


Ni_a_louer_ni_a_vendrePlus personne ne peut décemment le nier, le mouvement est considérable. On lui prédisait pourtant une mort subite à longueur d'articles et de journaux télévisés; lundi, il était un rassemblement de boy-scouts; mardi, il devenait un camp d'entraînement de dangereux homophobes; mercredi, il se transformait en exutoire pour tous les laissés-pour-compte; jeudi, il redevenait un complot crypto-catholique; vendredi, il ne dépassait pas 100.000 personnes sottes; samedi, il se refroidirait en hiver; et dimanche, voyant que tout cette propagande était bonne, les médias avaient la merveilleuse idée de se reposer.

Le problème avec cet aveuglement volontaire est qu'il peut conduire à un étrange capharnaüm. Un président qui n'a plus prise avec la réalité concrète de ses concitoyens. Un gouvernement qui voit un mur mais est incapable de freiner. A l'image de la nouvelle égerie des français, nombreux sont ceux qui ont envie d'interpeller ceux qui, dans leurs magnifiques ministères, les méprisent : "un gouvernement qui n'est pas intéressé par l'opinion de ses concitoyens, non mais allô quoi. T'es ministre et t'entends pas les citoyens, non mais allô. Alloooô!"

Tout cette pagaille n'est pas agréable. Pagaille anthropologique, pagaille économique, pagaille diplomatique. Personne ne peut s'en réjouir. Et pourtant, j'ai envie d'offrir à François Hollande ce mot anachronique, gratuit et sincère : MERCI.

Merci de nous avoir permis de rassembler tous ces français. Merci de nous avoir offert d'accueillir nos amis de province. Merci de nous  avoir, chrétiens, juifs ou musulmans, donné l'opportunité d'avoir un discours commun. Merci de nous avoir recentrés sur l'essentiel, l'humain, homme et femme.

Car c'est cela le sujet étonnant de toute cette mobilisation : l'homme. Hier personne ne manifestait pour des acquis sociaux, contre une fiscalité appauvrissante, pour défendre un avantage personnel. Certains ne le comprennent toujours pas et pensent que tout cela passera comme une lettre à la poste. Les gens se lasseront, nous disent-ils. Eh bien non. Les gens sont généreux. Les gens manifestent pour des valeurs qui n'accroissent pas leur niveau de vie; les gens mettent même de l'argent dans les petites corbeilles qui circulent entre les banderoles. Les gens sont prêts à aller dans la rue pour sauver ce qu'il y a de plus cher à leurs yeux, la famille.  Et c'est d'ailleurs intéressant que la famille soit le seul sujet capable de fédérer autant de monde. Les gens...

Ces "gens" qu'on ne veut pas écouter se soucient plus de l'homme qu'on ne le pensait. Ils se soucient de sa nature anthropologique; ils se soucient de sa vocation intrinsèque; ils se soucient des plus pauvres, des plus petits; ils se soucient d'une économie qui s'éloigne de plus en plus de la réalité humaine; ils se soucient de la paix.

Benoit XVI rappelait lors de son message pour la célébration de la Journée Mondiale de la Paix qu' "en chaque personne, le désir de paix est une aspiration essentielle qui coïncide, d’une certaine façon, avec le désir d’une vie humaine pleine, heureuse et accomplie. […] La négation de ce qu’est la véritable nature de l’être humain, en ses dimensions essentielles, en sa capacité intrinsèque de connaître le vrai et le bien et, en définitive, Dieu lui-même, met en danger la construction de la paix." Dans le suite du message, il développera ce qui est le fondement logique de l'écologie humaine. La paix commence par les respect de l'être humain. Bioéthique, famille sont des préalables intérieurs à toute paix, des signes d'amour de l'homme. Puis cette paix intérieure ira rayonner au coeur de l'économie, au coeur de nos entreprises, redonnant sa dignité au travail humain. Enfin, elle se fera au niveau géopolitique. 

Ecologie humaine, l'expression est lâchée. Elle a donné lieu très récemment au lancement d'un grand mouvement national par l'un des porte-parole de la Manif Pour Tous, Tugdual Derville, appuyé notamment par un économiste fin connaisseur de la Doctrine Sociale de l'Eglise Pierre-Yves Gomez. Derrière ce mouvement, il y a une belle idée, celle d'élargir le sujet mobilisateur du moment à tout homme et à tout l'homme. Replacer l'homme au coeur de la société. Humanité, liberté, responsabilité.

Merci donc François. Merci de nous avoir donné cette unique occasion de mettre en lumière qu'entre le diktat d'un état positiviste et le libéralisme aveugle, il y un feu de joie qui attendait qu'on souffle : l'être humain engendré merveilleux et libre, tout homme et tout l'homme.

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12 mars 2013

Au bistrot de la France

779px_jean_beraud_au_bistroImaginez-vous dans un chouette bistrot, assis sur un tabouret, un verre de pastis sur le comptoir. Une télé grésille mais vous comprenez qu'Eurosport vous annonce la victoire de Dax sur Clermont.

Assise à vos côtés, une femme assez sympa, Michèle, une bordelaise, vous tape la causette. Le Conclave, le sujet du moment. Bizarre ce Benoit XVI qui renonce. En a-t-il parlé au comité de soutien des seniors? Et pourquoi les cardinaux de plus de 80 ans ne pourraient-ils pas voter? Le barman François fait une blague villageoise sur le pape. Cela vous fait sourire.

Vous vous retournez. Vous apercevez un flipper. Victorin joue avec un pote. Ils se tapent sur les cuisses quand ils sont fatigués d'appuyer sur le bouton qui lance la boule. Victorin vient des Antilles. Il trouve qu'un dictateur comme Hugo Chavez, c'est cool. Son corps aurait d'ailleurs été préparé comme pour sa sanctification. Parait-il. On n'en parle pas assez sur Eurosport. Cela vous fait sourire.

Autour du billard, la discussion s'envenime. Cécile, toujours un peu agressive, s'en prend au curé du village. Elle a vu tout à l'heure un clochard sur la route et elle accuse le cureton de ne rien faire. Monsieur l'abbé a sa veine qui se tend, ça lui fait rater son coup. Il a failli déchirer le tapis. Il regarde le crucifix qu'il a accroché en douce au-dessus de l'horloge et se calme. Il invite Cécile à venir l'aider cette nuit à accueillir les pauvres du village. Il est malin, don Camillo. Cécile comprendra peut-être qu'il n'a pas attendu qu'elle parle pour agir. Cela vous fait sourire.

Soudain, le bistrot devient bruyant. Des cris, des pleurs, de la joie. Kader aurait lu dans la presse que des otages français auraient été libérés. Quelle délivrance. Cela vous aurait fait sourire si seulement ça avait été vrai.

Pendant ce temps, un beau gosse est rentré et a commandé un verre de Cognac. Pierre porte des Berluti et un costume sur-mesure. Étonnamment, il hurle un peu fort contre les riches. Faut les taxer, faut les taxer. Pierre demande à François d'augmenter ses tarifs pour le notaire et le médecin du village. Et le gars de la supérette aussi. C'est ta seule solution pour que ton bar ne fasse pas faillite. La solution du très chic pilier de cet étrange bar vous parait un peu rapide. Un lustre n'était pas forcément nécessaire au plafond du bistrot de la France. Le patron aurait pu économiser comme ça le notaire n'aurait pas été obligé de payer son Armagnac à un prix indécent et aurait donné un peu plus au curé pour qu'il aménage le grenier du presbytère et y accueille d'autres pauvres. Par ce froid en plus... Vous ne savez plus si vous souriez; vous êtes fatigué.

Alors vous reprenez votre verre. Et une tranche de saucisson. Un grand-père à l'autre bout du comptoir siffle une bière. Il drague un peu la petite qui aide le barman. Elle est mignonne, Najat. Elle aime bien taper la discute avec les habitués. Il lui raconte sa vie. Son petit-fils qui ne peut pas avoir d'enfant. Najat, elle, a vu un reportage sur des femmes qui louent gentiment leur ventre pour faire acte de service public. Enfin de service payant. Papy n'a pas trop d'argent mais Najat rêve que la Sécu rembourse les frais de son petit-fils. Papy lui demande si c'est éthique, car lui, il ne voudrait pas donner son sperme à tout va; Najat est déjà passée à un autre client. Votre sourire se crispe.

Vous vous réveillez. Autour de vous, ce n'est pas un simple bistrot de village où l'on se gausse, récrimine, se tape sur les épaules avec un bon verre et de la charcuterie. Vous regardez la pancarte au-dessus de la porte. Bistrot de la France. Vous comprenez que tout cela a beaucoup plus d'importance qu'il n'y parait, que François, Michèle, Cécile, Pierre, Kader et les autres ont de vraies responsabilités. Vous ne souriez plus. Vous tapez sur le comptoir, commandez un bon blanc de Bourgogne, interpellez François. Tu entends la clameur sur la place du marché? Les villageois veulent que tu le transformes, ton bistrot déglingué. Entends-les, prends un architecte, un décorateur, un comptable, une serveuse, ce que tu veux, mais n'oublie jamais que ton métier n'est pas d'être au service de quelques clients triés sur le volet mais au service du Bien Commun.

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11 février 2013

Ich bin ein Vaticaner

benoit_XVIBenoit XVI renonce. "La vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié."

Cette annonce fut pour moi un petit choc. Le Talmud enseigne qu'il nous faut "un maître et un ami". Benoit XVI fut pour moi pendant 8 ans un maître spirituel et intellectuel qui professait avec sagesse des idées qui venaient se cacher dans mon coeur et dans mon cerveau et que je pouvais retrouver à chaque fois que mon cheminement pâtinait. Il était et il est encore plus aujourd'hui un exemple d'humilité profondément charitable.

Je ne résumerai pas dans ce blog la théologie de Benoit XVI; je n'en ai pas les capacités et ai toujours considéré qu'il valait mieux puiser à la source pour comprendre. Je ne commenterai pas non plus l'éventail des réactions dont certaines se limitent malheureusement à des polémiques creuses, sans justement les intégrer à la révolution véritable de Benoit XVI. Je donnerai très simplement quelques brèves clefs de ce que ce grand bonhomme m'a apporté... en espérant que je construise sur ses discours-rocs.

Benoit XVI a transcendé mon rationalisme. Un autre sage, Pierre Goursat, disait régulièrement que plutôt que croire en nos doutes et douter de notre foi, nous devrions croire en notre foi et douter de nos doutes. Tout au long de son pontificat, Benoit XVI nous a demandé d'ancrer notre foi dans la raison. «La résurrection du Christ est notre espérance […], ce n'est ni un mythe, ni un rêve, ce n'est ni une vision, ni une utopie, ce n'est pas une fable, mais un événement unique et définitif : Jésus de Nazareth, fils de Marie, qui au soir du Vendredi saint a été descendu de la Croix et mis au tombeau, est sorti victorieux de la tombe.» Jésus est véritable, historique, charnel. Dieu est raisonnable, il n'est pas une abstraction d'un autre ordre, une chimère. Savoir que Benoit XVI, un être ancré dans la raison, pétri de culture et lecteur de philosophie allemande est en même temps ce pape vivant pleinement d'une foi, d'une espérance et d'une charité immenses fut et reste un encouragement à trouver le Beau et le Vrai dans les recoins de ma raison.

Benoit XVI m'a guidé sur une recherche absolue de vérité. Il fut parfois bêtement taxé de conservatisme et de rigidité. Aujourd'hui encore Libération parle d'un pape "pessimiste et intransigeant" sans évoquer une seule des nombreuses perles de lumière qu'il a egrénées dans ses livres et discours. Benoit XVI n'est pas intransigeant, il est exigeant. Ses livres d'interview démontrent très facilement qu'il était lucide et plein d'amour pour tous les hommes, dont certainement lui-même, qui sont engagés sur un chemin de sainteté mais dont les mollets faiblissent au cours de l'ascension. La vérité, c'est l'élément manquant du monde contemporain. Nous sommes passés sans nous en rendre compte à un monde qui agit par émotion, par réaction sans jamais prendre le temps de poser sa réflexion. Caritas in Veritate fut l'expression fondatrice pour moi des troubles que nous vivons. Nous pensons souvent être généreux ou charitables sans jamais vraiment nous poser la question fondamentale de la vérité. La raison que revendique Benoit XVI doit être une base pour chercher Dieu, le vrai, le beau. "Je pense ici à l’attitude de ces chrétiens qui, par respect humain ou par simple commodité, s’adaptent à la mentalité commune au lieu de mettre en garde leurs frères contre des manières de penser et d’agir qui sont contraires à la vérité, et ne suivent pas le chemin du bien." Quaere Deum (chercher Dieu) est évidemment complexe mais nous avons cruellement besoin de reprendre le temps de cette complexité.

Benoit XVI a secoué ma charité. En 2009, alors que nous étions au Cameroun avec mon épouse, nous avons eu la chance d'assiter dans un stade plein à craquer à une messe papale terriblement joyeuse. De ce voyage, les médias retinrent une polémique pleine des raccourcis dont ils deviennent trop souvent les champions; moi j'en retiens une phrase qui me hérissa les poils d'émotion : "aux enfants qui n'ont plus de père ou qui vivent abandonnés dans la misère de la rue, à ceux qui sont séparés violemment de leurs parents, maltraités et abusés, et incorporés de force dans des groupes paramilitaires sévissant dans certains pays, je voudrais dire : Dieu vous aime, Il ne vous oublie pas." Quelques minutes auparavant, il avait encouragé les pères de famille à aimer et respecter leurs femmes. Cela peut paraitre anodin à un esprit occidental mais il suffisait de regarder les sourires qui ont connu la souffrance de ces femmes et ces jeunes en boubous papaux autour de nous pour comprendre que ces petites phrases murmurées avec une force de conviction et un amour incroyables étaient signifiantes. Dieu vous aime, il ne vous oublie pas. Tout au long de son pontificat, Benoit XVI a marqué par son regard empli d'amour. Même lorqu'il prononcait des paroles fortes et exigeantes, il prenait soin de ne pas juger mais d'aimer. Cet amour, certains ne l'entendent pas alors qu'il irradie et explique toute sa pensée. Dans un livre pourtant critique sur l'élection de Benoit XVI, Confession d'un cardinal, l'auteur ne peut s'empêcher de le décrire en vérité : "Benoit XVI est un homme exceptionnel sur le plan humain, ce n'est pas toujours connu, sur les plans intellectuels et spirituels, c'est une évidence." 

Benoit XVI m'a encouragé sur la longue route de l'engagement. En 2009, après le Cameroun, il s'arrêta en Angola. Devant des milliers de jeunes, il fit encore et toujours un discours magistral les encourageant au mariage ou au sacerdoce : "face au risque de s’engager pour toute la vie, que ce soit dans le mariage ou dans une consécration particulière, vous éprouvez de la crainte. [...] Je vous le dis : Courage ! Osez prendre des décisions définitives parce que ce sont les seules qui ne détruisent pas la liberté, mais qui lui donnent la juste orientation, en permettant d’avancer et de faire quelque chose de grand dans la vie. La vie n’a de valeur que si vous avez le courage de l’aventure et la certitude confiante que le Seigneur ne vous laissera jamais seuls." A chacune de ses interventions, comprenant plein d'amour les difficultés des personnes qu'il avait en face de lui, Benoit XVI a su tourner leur regard vers une vie plus grande, difficile mais tellement belle.

Benoit XVI m'a ébloui par son humilité. Les polémiques qui font la joie des médias sont mal comprises. On critique Benoit XVI en évoquant les prêtres pédophiles, la sexualité, les intégristes. Mais on omet de glorifier cette qualité rare qu'est l'humilité. Benoit XVI a décidé humblement et sereinement de porter les croix de l'Eglise, d'accepter les critiques sans jamais se plaindre et en sachant pour Qui il oeuvrait. Dès le Chemin de Croix qu'il présida en remplacement d'un Jean-Paul II mourrant, il affirma que "les habits tellement sales de ton Eglise nous plongent dans le désarroi. Mais c'est nous qui l'avons salie." Il le répéta ensuite à de nombreuses reprises, notamment dernièrement lors de l'arrestation de son majordome qui fut pour lui une lourde épreuve. Aujourd'hui il me montre  à nouveau par son renoncement qu'en lecteur attentif de saint Benoit, il a pris de l'avance sur moi dans la montée des douze degrés sur l'echelle de l'humilité.

Benoit XVI m'a fait redécouvrir les racines fondatrices de l'homme. Rappelant avec force les fondements de ce qu'il a appelé "l'écologie humaine", Benoit XVI m'obligea à prendre conscience de cet homme créé homme et femme à l'image de Dieu. Bioéthique et famille bien-sûr mais plus profondément dignité de l'être humain, du plus faible. Cette approche donnera indéfiniment lieu à polémique, car c'est là que se trouve concrètement la fracture intellectuelle depuis la nuit des temps. Homme créé par Dieu ou Homme maîtrisé par l'Homme? Mais c'est magnifique. Comme l'écologie cherche à retrouver la pureté de la terre, l'écologie humaine peut nous amener à retrouver la pureté de l'Homme. Plus profondément, ce respect de la dignité de l'être humain est le terreau créateur de paix. "En chaque personne, le désir de paix est une aspiration essentielle qui coïncide, d’une certaine façon, avec le désir d’une vie humaine pleine, heureuse et accomplie. […] La négation de ce qu’est la véritable nature de l’être humain, en ses dimensions essentielles, en sa capacité intrinsèque de connaître le vrai et le bien et, en définitive, Dieu lui-même, met en danger la construction de la paix.

Benoit XVI m'a poussé à m'impliquer dans la société. En 2010, lors de son voyage extrêmement riche en Grande-Bretagne, Benoit XVI lanca un appel aux laïcs à "introduire et promouvoir dans le débat public l'argument (...) d'une vision de foi." Nous devions, je devais apporter cette foi constitutive de ce que je suis dans ma vie sociale, professionnelle, politique, car la raison a besoin du "correctif apporté par la religion." La raison politique a besoin de foi mais également la raison économique et plus généralement le monde qui nous entoure. Quitte à ne pas être compris, quitte à étonner, quitte à provoquer des discussions étranges mais aussi bien souvent enrichissantes, Benoit XVI encouragea souvent les chrétiens à faire leur coming-out là où ils sont et à participer activement à la construction du monde. En février 2012, en encourageant les cardinaux à être serviteurs aussi loin que le rouge sang du martyr qu'ils portent, il recommandait à tous les chrétiens d'aller courageusement au bout de leur foi.

En fait, Benoit XVI m'a rendu profondément chrétien. Ich bin ein Vaticaner. Quand j'écoute les discours quotidiens de notre intelligensia politico-médiatique, je n'ai qu'une envie : me plonger dans une homélie de Benoit XVI. Prendre de la hauteur, retrouver l'essentiel, chercher, aimer. Un jour, on me demanda quel était mon dîner parfait. Je n'avais aucun doute sur deux personnes : ma femme et Benoit XVI. Les deux sont exigeants, les deux me demandent d'aimer plus que ce que je ne peux, les deux me conseillent le ciel pour y arriver.

Avoir à dîner un mec qui te remet en question et te challenge sur la vérité de tes pensées, paroles et actes; avoir à diner un mec qui exige de toi d'être prêt au martyr par amour de Dieu; avoir à dîner un mec qui te pousse à mettre en acte des choses auxquelles tu crois mais que tu mets systématiquement de côté; avoir à dîner un mec qui dit, fait, pense, croit tout ça sans la ramener; ça devrait tuer ton dîner tellement tu te dirais le soir devant Docteur House que tu as du chemin. Et pourtant...

Mais c'est le dîner impossible, car Joseph Raztinger a décidé d'aller prier dans un couvent. Ce qui me rassure et fonde mon espérance, c'est que si Joseph se met à prier encore plus qu'aujourd'hui, cela risque de faire des ravages positifs dans le monde dont on n'a pas idée.

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26 janvier 2013

Préhistoire pour tous

affiche_209Depuis quelques mois, alors que notre bienaimé Président de la République refuse toujours d'ouvrir un vaste débat public sur le #mariagepourtous, les langues commencent à se délier. Nous voyons fleurir ici ou là des prises de position médiatiques, des affirmations, des questionnements, des peurs ou des espérances, et tous ces bourgeons de débat arrachés à la sueur de nos fronts d'abeilles butineuses qui allons sans cesse au travail sans nous décourager ont un goût de miel suave et réjouissant. Oui, la France est prête à réfléchir sur son humanité, à ne pas tout avaler, à se forger une opinion.

Si mes revues de presse quotidiennes font parfois sourire mon cerveau et mon coeur, elles réussisent encore trop souvent à leur infliger une douloureuse torture. Trois d'entre elles m'apportèrent ainsi quelques maux de ventre. Ma première contraction me vint d'une tribune dans un journal local qui comparait le #mariagepourtous à la lutte des noirs aux Etats-Unis et donc ses opposants à d'affreux racistes; ma deuxième contraction arriva lors de ma lecture d'un célèbre blog juridique qui expliquait que l'adoption par une personne homosexuelle étant déjà, d'une certaine manière, autorisée, cette loi ne changerait rien; ma troisième contraction m'acheva devant le texte d'un ancien patron de presse qui affirmait son soutien au projet de loi en affichant une vision de la famille particulière ayant au moins le mérite de poser le vrai débat.

Revenons tout d'abord sur le racisme, l'antisémitisme et l'homophobie. Au cours de l'histoire, les hommes ont souvent eu peur les uns des autres. Peur de la différence, peur de l'inconnu, peur de l'Autre. Les chinois des japonais, les hutus des tutsis, les noirs des arabes, les blancs des noirs. Il est arrivé trop souvent que cette peur culturelle dérappe vers des comportements criminels et se transforme en une haine meurtrière. A chaque fois, la peur culturelle tenta vainement de se fonder sur l'anthropologie. "Les noirs ne sont pas des êtres humains", "les juifs ne sont pas des êtres humains", "les tutsis ne sont pas des êtres humains". Ces affirmations anthropologiques absurdes devaient alors justifier des massacres, jusqu'au retour heureux de la raison et de la vérité. Nous sommes tous hommes. Tous hommes et femmes créés à l'image et à la ressemblance de Dieu. Tous humains, dans l'immense richesse de nos différences. Il y a sans doute, au sein de nos familles ou même dans un coin de nous-mêmes, des gens qui ont peur de l'Autre, le gay, la lesbienne. Que cette peur doive être combattue est une réalité. Hier, aujourd'hui et demain, il nous faut expérimenter la joie d'aimer l'Autre, avec toutes les difficultés que cela peut parfois comporter. Le gay, le noir, le musulman, le chrétien, le juif, le vieux, l'handicapé, le blanc. Nous sommes très loin de vivre harmonieusement en communauté. Oui, ce combat des homosexuels pour un plus grand amour est juste. Mais ce n'est pas le débat du #mariagepourtous. Alors que la peur culturelle à l'origine du racisme tentait de se justifier par un débat anthopologique inexistant, une question anthropologique sans aucun rapport mérite aujourd'hui d'être posée. Deux personnes du même sexe ne peuvent pas avoir d'enfants naturellement. Cela semble idiot de le rappeler mais il le faut. Quand on compare le débat actuel à la lutte des noirs, on tente de faire croire que la question était la même et cela est honteusement raciste. Noir, blanc, nous avons la même faculté d'engendrement. Le racisme est justement racisme, car il ne repose sur rien. Le débat sur le #mariagepourtous n'est pas un débat de racisme culturel ou d'homophobie. Il y a de l'homophobie dans notre société bien-sûr mais ce n'est pas le sujet. Nous parlons aujourd'hui d'un autre sujet. Un débat qui repose sur une réalité fondamentale. Un débat anthropologique. Un débat qui ne nie absolument pas l'humanité homosexuelle, qui ne nie pas ces hommes et femmes créés à l'image et à la ressemblance de Dieu, ces hommes et femmes qui peuvent être procréateurs d'humanité naturellement, mais qui réaffirme que cet engendrement a des règles inscrites qui ont un sens.

Et c'est là où mon bloggeur juriste m'a hérissé le poil. Il est aisé de rester dans un bouquin de droit et de dire que finalement, tout cela ne change rien. Des célibataires peuvent adopter, les questions de filiation sont complexes, la Cour Européenne des Droits de l'Homme a déjà tranché... C'est une vision qui n'est pas une opinion personnelle ou qui ne se fonde pas sur une conviction. Il est très clair que les opposants au #mariagepourtous le sont tout autant à l'adoption par des célibataires. Il est très clair que les opposants au #mariagepourtous ne sont pas enthousiastes lorsqu'ils découvrent dans les journaux les dernières trouvailles de la CEDH. Il est très clair que les opposants au #mariagepourtous se fondent sur des convictions que le droit a déjà ébranlé mais dont la dernière goutte est celle de trop qui ne doit pas faire oublier toutes les autres au risque de stigmatiser une tranche de population qui n'y est pour pas grand'chose. 

Le débat réel est bien plus vaste que le mariage gay. Il est d'ailleurs bien mieux expliqué par l'expression #mariagepourtous et devrait s'étendre à la question fondamentale de l'être humain. Le bloggeur talentueux qui provoqua ma deuxième contraction donne une clef de réponse dans ses propres commentaires aux commentaires de son article. Si dans l'article, l'auteur concentre ses efforts sur des arguments juridiques frôlant l'indifférence, un commentaire concernant la PMA et la GPA est un peu plus révélateur : "Il faudra bien que la loi française, à défaut d’autoriser ces pratiques en France (encore un marché qui se délocalise…) accepte qu’elles poursuivent leurs effets en France. L’intérêt de l’enfant l’exige, pour le coup." Je ne pense pas que cela soit l'intérêt de l'enfant que d'accepter une pratique indigne qui n'est certainement pas dans l'intérêt de l'être humain. Mais nous arrivons au vrai coeur du sujet. Célibataires adoptants, PMA, GPA, tous ces thèmes ne sont pas "homosexuels". Le #mariagepourtous a permi à la population de prendre conscience que l'Etat positiviste était en train, petit à petit, de mettre à mal le principe familial. La famille est-elle un don ou un dû? Sexualité, famille, enfants sont-ils liés? Procréation et éducation sont-ils une suite logique? Un homme ou une femme sont-ils des êtres sexuels ou des êtres entiers et complémentaires, forts d'une altérité aux multiples facettes? Ces questions passionnantes vont bien plus loin qu'un simple argument d'égalité. Deux mondes s'opposent, deux visions de l'homme chacunes avec ses convictions. Etant partie prenante, je dirais subjectivement que l'écologie humaine fait face à un positivisme individualiste dangereux mais je voudrais surtout que les partisans du #mariagepourtous affirment le fond de leur pensée. Pour qu'on débatte vraiment, cartes sur table de la société que nous voulons (re)construire. Le patron de presse qui faillit m'achever avec une troisième contraction a eu le courage de ses opinions en parlant de la famille : "Pour moi, c'est une institution trop rigide et religieuse. Je ne suis pas sûr qu'elle convienne ni à notre époque ni aux couples nombreux, tant chez les hétéros que chez les homos, qui souhaitent conserver en transparence une grande liberté sexuelle, garante, de mon point de vue, de la longévité des unions. Dans les années 1930, dans la grande bourgeoisie, maris et femmes vivaient souvent chacun librement et la vie de famille était heureusement et fréquemment en partie dissociée de la vie sexuelle. Et il y avait en plus la soupape des maisons closes." Le vrai débat est celui de la famille. Certains pensent qu'elle est un don, d'autres qu'elle est un dû ou une chose évolutive à façonner en fonction de ses désirs. Il y a d'ailleurs des slogans provocateurs mais qui ont le mérite d'être une pensée aboutie chez certains partisans du #mariagepourtous : "On veut l'adoption, pas les gosses", "le divorce pour tous", "je veux" (divorcer, des enfants, des droits...), etc.

Le #mariagepourtous est un vrai sujet qui mérite pleinement qu'on s'y attarde, que le gouvernement s'y attarde, que les français s'y attardent. C'est un sujet symptomatique de la société actuelle. Tout à l'heure dans le métro, la publicité d'un site e-commerce célèbre en France m'attrapa : "déçu par vos cadeaux, revendez-les." Société du don ou société du dû? De l'autre ou de soi? Allons-nous dans le sens de l'histoire ou retournons-nous en préhistoire, avant que cette lente évolution des peuples ne les ait amenés à se décentrer?

J'ai entendu plusieurs personnes critiques déclarer que les opposants au #mariagepourtous devraient plutôt manifester contre la pauvreté ou les violences faites aux femmes. A mes côtés, le 13 janvier, il y avait des gens qui dorment chaque soir avec des SDF, des gens qui passent leurs WE avec des handicapés, des gens qui vivent plusieurs années avec les pauvres d'Afrique ou d'ailleurs. Le 27 janvier, au Théatre du Rond-Point, il y aura des stars. Ce n'est pas le mariage gay le débat, c'est l'homme.

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14 décembre 2012

Dis papa, c'est quoi un homme?

Michel_Ange_creation_d_AdamOn leur accorde "deux crédits à la consommation"...

Le Figaro publie aujourd'hui un article particulièrement triste sur le parcours de deux hommes partis aux Etats-Unis à la recherche d'une mère porteuse.

Depuis quelques années, un bouleversement de société s'opère insidieusement. Après des millénaires d'éducation du peuple des hommes qui ont permis de bâtir siècle après siècle des interdits essentiels à la compréhension de sa vocation d'amour (alliances consanguines, polygamie, infidélité, eugénisme), un mur est en train de s'effondrer. Un brèche s'entrouvre vers un monde incertain. On nous vante à longueur de journée les mérites de ce nouveau monde de "progrès"; il faudrait vivre avec son temps, suivre le sens de l'histoire, être modernes. Pourtant ce monde-là n'est pas nouveau; c'est un ancien monde, un retour à la case départ lorsque les hommes vivaient sans interdit et sans conscience de leur être véritable.

Dis papa, c'est quoi un homme? Une graine qui rencontre un ventre...

Ce que l'on refuse encore, ou au minimum questionne, lorsqu'il s'agit de faune et de flore, la société occidentale est prête à l'autoriser pour les êtres humains.

La souffrance des hommes, en l'occurrence celle de ne pas avoir d'enfant, est difficile, parfois même humainement inacceptable. Mais cette souffrance ne justifiera jamais de perdre sa dignité, son essence, ce qui est au coeur de notre humanité. Fabriquer un enfant, c'est se prendre pour Dieu, faire un pacte faustien, vivre un cauchemar prométhéen. Lorsque l'homme n'accepte plus ce qu'il est, ses limites et ses incapacités, lorsqu'il refuse sa propre création et qu'il se bat contre la nature, il fait un combat en pure perte. A court terme, il peut y croire mais il ne sera pas vainqueur à long terme. Et d'ailleurs, il le sait.

Ce sont actuellement deux visions de l'homme qui se confrontent. Une vision fondée sur une réalité naturelle créée face à une vision positiviste et scientiste. Ce n'est pas nouveau; les grandes disputes spirituelles (gnosticisme, etc.) et philosophiques ont toujours conduit à cette opposition. Ainsi, alors que la Genèse nous enseigne que l'homme doit "soumettre" la terre tout en la respectant sous le regard de Dieu, l'homme est-il très rapidement tiraillé et sucombe-t-il à la tentation de l'arbre de la connaissance. Et depuis ce temps, il hésite. En 2012, nous en sommes toujours là. Obéir librement ou tenter un putsch contre la création?

Nous entendons beaucoup parler d'amour mais viendra un temps où nous serons appelés à l'introspection. Qui a-t-on aimé? A-t-on vraiment aimé? Caritas in Veritate, l'amour en vérité. Émotion ou raison. Il est dangereux de gouverner, gérer, agir sous le seul coup de l'émotion et de l'impatience. Notre ère médiatique manque parfois cruellement de temps pour la réflexion. Seule la réflexion paisible peut nous permettre humblement de révéler ce qu'il y a de meilleur en nous, d'accepter des sacrifices et d'être dans la joie de la liberté retrouvée, celle d'avoir réalisé notre vocation.

Il y a quelques mois, on nous parlait de mariage pour tous et de revendications légitimes (fiscalité, familles existantes, etc.). Très rapidement vint la question de son corollaire, l'adoption. Un sujet épineux traité sans débat public. Hier la PMA sortit du chapeau gouvernemental. Demain, ce sera la GPA "mères porteuses". Il n'est pas anodin de noter que dans le même temps, les sénateurs votaient en douce une proposition de loi autorisant la recherche sur les embryons humains au moment même où le prix Nobel de médecine vient d’être décerné au japonais Shinya Yamanaka et au britannique John Gurdon pour leurs découvertes sur la reprogrammation nucléaire, qui est une technique éthique et démontre qu'il suffit juste d'un peu de patience pour que la nature nous offre une réponse.

Alors que l'UMP se déchire sur des non-sujets, il devient clair que la fracture idéologique, le débat politique, le combat sociétal portent sur le sens de la vie et le développement de l'homme intégral. C'est là-dessus que nous devons nous positionner maintenant, courageusement et vigoureusement.

Dis papa, c'est quoi un homme pour de vrai?

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05 décembre 2012

Biz & Love

bizandloveChefs d’entreprises, cadres à haut potentiel, futurs leaders, consultants, administrateurs, vous tous qui avez un impact sur les entreprises et les personnes qui les composent êtes appelés à aimer. C’est votre vocation, c’est la vocation de votre entreprise, c’est la vocation de votre pays, c’est la vocation des hommes et des femmes qui vous entourent, c’est notre vocation à tous.

« L’amour est la vocation fondamentale et innée de tout être humain. » (Jean-Paul II). Et vous êtes des êtres humains ! Il est bon parfois de se rappeler que l’entreprise est une histoire d’êtres humains avant tout. De leadership, de management peut-être, mais surtout d’êtres humains qui ont donc une vocation d’amour à accomplir là où ils sont, c’est-à-dire au cœur de l’économie. Ainsi se développera une véritable anthropologie de l’économie.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Quel impact cela doit-il avoir sur votre vie professionnelle ?

But so what ?, diraient vos partenaires américains.

A l'écoute de quelques principes monastiques, en s'inspirant de dirigeants emblématiques, en dévorant la Doctrine Sociale de l'Eglise, en poussant sa propre réfleexion, BIZ & LOVE tente d'apporter humblement des clefs et des réponses.

A télécharger ici : BIZ_and_LOVE

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04 décembre 2012

Jésus au pays des Soviets

aristide_briand_caricature_mEn prévision de la fin du monde qui doit arriver le 21 décembre 2012, François Hollande, Jean-Marc Ayrault et tous leurs amis du gouvernement ont vaillamment décidé de s'attaquer aux religions. Assez bizarrement d'ailleurs, puisqu'en général la peur de la mort crée un sursaut spirituel. Peut-être finalement que les socialistes n'ont pas peur de la fin du monde, je n'en sais rien; mais je commence à croire qu'en voulant provoquer la fin d'un monde, ils sont en train de réveiller beaucoup de monde. Et ce n'est certainement pas la fin. Pas même le début de la fin. Mais la fin du commencement, comme l'aurait dit Churchill.

Car s'il n'anticipe pas une fin du monde normale, notre président normal fait en revanche dans l'anticléricalisme normal. Banal. Médiocre même. Sans le vouloir, oserais-je dire, car il est fort possible que François Hollande, qui s'intéresse assez peu aux choses spirituelles, n'ait pas mesuré l'impact profond des actions, réactions, déclarations de ses sbires depuis quelques semaines.

Cela avait débuté tranquillement et très intellectuellement juste après les élections du printemps. Vincent Peillon nous annonçait alors le début d'une nouvelle ère. Biographe de Ferdinand Buisson, qui fut tout à la fois le président de la commission parlementaire qui rédigea le texte de la loi de séparation des Églises et de l'État en 1905 et l'inspirateur d'une étrange morale/religion laïque (cf Une religion pour la République, la foi laïque de Ferdinand Buisson), Vincent Peillon encourageait en effet le monde enseignant à remplacer les familles, les églises et autres structures d'éducation et de transmission, et à mettre en place une nouvelle morale laïque d'Etat. Vincent Peillon est un théoricien qui définit admirablement ce qui est en jeu aujourd'hui en France : la foi laïque. Toute la réflexion intellectuelle qu'il souhaite mettre en action tient dans la recherche d'une foi laïque qui arracherait les hommes à leurs différents déterminismes (social, familial, religieux). C'est ainsi qu'il y a quelques mois, Vincent Peillon nous proposait une nouvelle voie brillante mais dangereuse qui est l'étatisme moraliste. Dorénavant, en France, ce sera l'Etat qui fera les homélies. Mais au pays des Soviets, Vincent a oublié Jésus vivant au coeur de son saint Patron. Il ne s'est pas souvenu de saint Vincent de Paul, exemple magnifique de la morale religieuse et de la charité véritable, qui permit aux hommes de son temps de toucher l'amour divin.

Puis vint le (non-)débat sur le mariage homosexuel. Une mesure de campagne qui devait passer comme une lettre postée par Olivier Besancenot et qui s'avéra mal affranchie. Les partisans de la morale laïque et positiviste sous-estimèrent la pensée philosophique et anthropologique des français. Les français ne se suffisent pas d'une morale conjoncturelle et pragmatique assénée par un Etat qui évolue tous les 5 ans; ils pensent l'homme, l'être humain, bien plus que certains ne le croient. Ainsi, après un projet brouillon de la ministre de la famille Dominique Bertinotti, une reprise en main par la ministre de la justice Christiane Taubira et une promotion hasardeuse par la porte-parole Najat Belkacem, vint le tour du député Erwan Binet, rapporteur de la loi sur le mariage pour tous à l'Assemblée Nationale. Erwann, ce n'est plus 1905 et le très respectable Ferdinand Buisson, c'est 1793 et Fouquier-Tinville. Je débats avec moi-même et ceux qui pensent comme moi, et j'accuse les autres d'être des fauteurs de trouble. C'est ainsi qu'Erwann Binet déclara qu'il n'avait pas auditionné de juristes opposés à la loi, car il n'en connaissait pas. Soit notre vaillant député manque de curiosité, soit il manque d'honneteté. Cela me rappelle du reste la phrase sublime d'Arnaud Lagardère à propos du supposé délit d'initié chez Eads : "J’ai le choix entre passer pour quelqu’un de malhonnête ou d'incompétent, qui ne sait pas ce qui s’est passé dans ses usines, j’assume cette seconde version." Je ne sais toujours pas ce que choisirait Erwann Binet mais la suite des auditions donne un éclairage certain. C'est ainsi que vendredi dernier, Erwann Binet convia ses nouveaux ennemis religieux en huis-clos à l'Assemblée Nationale. Monseigneur Vingt-Trois s'en souvient encore, lui qui répondit à la question d'un journaliste : "avez-vous le sentiment d'avoir été entendu?" par l'admirable "oui, la sono était très bonne !". Pendant une heure, l'Eglise catholique fut accusée d'être un lobby qui appuie son pouvoir par l'institution du mariage et lance ses troupes à l'assaut du gouvernement, alors que le débat devrait se cantonner au Parlement (ce qu'a semble-t'il oublié le porte-parole du PS, David Assouline, qui encourage à aller manifester pour la loi, le 16 décembre... faudrait savoir). François Hollande doit commencer à se rendre compte que son passage en force sur une loi qui modifie en profondeur la société est une erreur politique mais également, plus grave encore, une faute morale. Et même une faute morale laïque. En discutant avec Vincent Peillon, il pourrait s'inspirer de Ferdinand Buisson mais surtout d'Aristide Briand qui sut, en 1905 mettre de l'eau dans le vin des anticléricaux et accepter de débattre, discuter et modifier la loi. En outre, au pays des Soviets, Erwann Binet a oublié Jésus vivant au coeur de son saint Patron. Il ne s'est pas souvenu de Saint Yves (Erwann), patron des professions du droit et de la justice, patron des avocats, qui avait à coeur d'écouter les uns et les autres pour mieux discerner et rendre humblement un jugement en vérité.

Mais ce nouvel anticléricalisme d'état ne s'arrête pas là puisque récemment ce fut au tour de Cécile Duflot de jeter un pavé supplémentaire dans la mare du gouvernement. Sous les pavés de 2012, ce n'est plus la plage de sable fin mais bien un marécage boueux. Voilà que Cécile menace de réquisitionner les biens de l'Eglise pour y loger des sans-abris, sous-entendant vulgairement que l'Eglise se drape dans du velours. Dans la série Downton Abbey, la comtesse douairière rappelait à juste titre que : "vulgarity is no substitute for wit." Un pavé vulgaire reste un pavé vulgaire, indigne d'une ministre. Reste le fond. Le fond qui est cette Eglise qui prête ses paroisses, locaux, séminaires diocésains pour héberger chaque hiver des centaines de SDF; cette Eglise qui est à l'origine de très nombreuses associations d'entraide, que ce soit la Fondation Abbé Pierre, l'association Lazare ou le Secours Catholique; cette Eglise qui fournit une grande partie des bénévoles dont la présence est indispensable à un accueil charitable des sans-abris. Cécile Duflot s'est permis de donner une leçon de morale à l'Eglise en citant à la presse une lettre qu'elle n'avait même pas envoyée à Monseigneur Vingt-Trois, son cabinet étant encore au téléphone avec la standardiste du diocèse pour connaître son adresse. Il y a des actions qui révèlent les personnages. Parce que l'Eglise s'oppose vigoureusement à la loi sur le mariage pour tous, Cécile Duflot se sent obligée d'attaquer sur un terrain qu'elle ne maîtrise pas et où l'Etat est n'est pas forcément gagnant. Sur le terrain de la charité véritable, combien de divisions? L'Eglise doit continuer à progresser sur le chemin de la sainteté des hommes et des femmes qui la compose mais elle n'a pas non plus à rougir de son action qui est déterminante, à travers le monde, dans le combat contre la pauvreté, pour la justice et la paix. Sun Tzu aurait pu enseigner à Cécile Duflot qu'on n'engage une guerre que lorsqu'on est sûr de la gagner. Le terrain va bientôt devenir assez glissant... Dommage qu'au pays des Soviets, Cécile Duflot ait oublié Jésus vivant au coeur de sa sainte Patronne. Elle ne s'est pas souvenu de sainte Cécile, jeune romaine qui proclama sa foi en milieu hostile jusqu'au martyre.

Tout cela est assez triste mais ce n'est pas la fin du monde. Au pays des Soviets, Tintin s'en est sorti; Jésus n'a pas trop de souci à se faire. Mais alors que nos cousins juifs s'apprêtent à fêter Hanouka, souvenons-nous de l'histoire du peuple élu. Hanouka nous rappelle en effet que suite à l'interdiction du culte juif par le roi de Syrie ainsi qu'à la profanation du Temple, le peuple se révolta et un miracle se produisit : l'huile du Temple vint à profusion et la bougie se ralluma. Souvenons-également de Noël, naissance de Jésus fils de Dieu et espérance du monde. 

On peut empêcher les évêques de parler, réécrire l'histoire dans les livres scolaires, injurier les bénévoles qui puisent leur charité au coeur de leur foi, tout cela est vain. La foi est un cadeau. On peut l'avoir ou non, l'enseigner ou non, la désirer ou non, là n'est pas la question. La foi est libre. 

Et la liberté, ça ne se combat pas.

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04 novembre 2012

PS-Eglise, la gay-guerre

homo_parentalit__125x125Dans le JDD et en réponse à la "supercherie" de Monseigneur Vingt-Trois, Erwann Binet, rapporteur (PS) du projet de loi sur le mariage pour tous, vient de déclarer : "je souhaite que les chrétiens, comme tous les Français, ne cherchent pas à imposer leur vision de la famille à la société." Dans cette même interview, notre brillant rapporteur poursuit : "le débat est ouvert, et c'est une hypocrisie de dire qu'il n'a pas lieu. Tout cela démontre surtout que, derrière, il n'y a pas beaucoup d'arguments." Enfin, empreint d'un amour profond de la liberté fondamentale de pensée, Erwann, le nouvel hérault hollandiste, achève son entretien par un assassinat en douceur du maire de Lyon : "Gérard Collomb a le droit de s'exprimer. Il faudrait lui dire, et je le lui rappellerai, que nous étions tous derrière un candidat et son programme, et que le texte qui est proposé aujourd'hui à l'Assemblée nationale et au Sénat - dont il est membre - est attendu par une majorité de Français. Il faut respecter les engagements pris devant les électeurs. C'est aussi important que de voter dans l'Hémicycle en son âme et conscience."

Chrétiens, juifs, musulmans, athées, professionnels de l'enfance et de l'adoption, notaires, associations familiales, médecins, pédopsychiatres, psychologues, philosophes, maires, gérard-collombistes, vous tous qui osez émettre quelques doutes sur le mariage pour tous, l'adoption et toutes les mesures qui suivront (PMA, mères porteuses), vous venez d'apprendre trois choses essentielles.

Votre vision de la société n'a pas d'intérêt... surtout si vous êtes chrétiens. François, Jean-Marc, Erwann et les autres peuvent légitimement imposer leur vision de la famille à la société mais il est honteux que l'Eglise catholique parle pour les contredire. Un évêque a le droit de défendre les Roms et s'inquiéter de la guerre en Irak s'il le veut. Le PS l'y autorise. Mais s'opposer au mariage gay, et puis quoi encore? Pour Erwann Binet, les chrétiens, c'est comme les chasseurs, il y a les bons et les mauvais. Un bon chrétien est hollandiste.

Vous n'avez pas d'argument. Vous pouvez vous égosiller à parler philosophie, anthropologie, écologie, psychologie, droit de l'enfant, différenciation, filiation, cela ne sert à rien. Erwann vous le dit : ce ne sont pas des arguments valables puisqu'ils ne vont pas dans le bon sens. Car Erwann a deux arguments bétons-armés : 1- tout ça, c'est l'avenir du monde; 2- c'était dans le programme. Commme vous pouvez le constater, le débat intellectuel est donc monté d'un cran qui vous laisse pantois, vous pauvres opposants au mariage gay. Le Grand-Rabbin (et brillant) Bernheim? Un rigolo. Agacinski? Une folle. Vingt-Trois? Un catho. Gérard Collomb? Un dissident. Moussaoui? Un extrémiste. Heureusement que Najat Belkacem, Erwann Binet, Dominique Bertinotti ou Michèle Delaunay vous aident à réfléchir plus sereinement. Michèle Delaunay m'a ainsi humblement aidé sur Twitter en me rappelant qu'une famille composée d'un père et d'une mère pouvait être qualifiée de "famille Bisounours". Comme j'étais un ringard attardé, je n'avais pas percuté que ce modèle multi-millénaire issu d'une réalité naturelle était en fait une invention de Disney Channel.

Vous êtes des révolutionnaires. Gérard Collomb, qui a sans doute eu très peur ce matin en lisant son JDD alors qu'il buvait son Nesquik (c'est son côté Bisounours), est un fauteur de troubles. Vous tous qui vous opposez au mariage gay êtes de dangereux révolutionnaires liberticides qui n'avez pas compris que les français avaient voté sciemment pour toutes les mesures qui figuraient dans le programme présidentiel de François Hollande. D'ailleurs François Hollande lui-même a malencontreusement oublié qu'il devait faire tout ce qu'il avait dit. Hereusement, Erwann rappelle à Gérard et à tous ses amis parlementaires que voter en conscience est une mauvaise chose. Dans le pays non-Bisounours du parti socialiste, il faut voter sans conscience, voter pour des mesures absurdes comme des moutons, changer la société sans réfléchir.

Dans cette gay-guerre qui oppose deux visions de la société, deux compréhensions de l'humanité, et dans laquelle l'Eglise a eu le courage de monter au front, il y a un camp qui joue un peu trop sur le mépris. Qui cherche à imposer de manière dictatoriale, quitte à obliger ses propres parlementaires à voter contre leur conscience (!!), une loi qui modifie en profondeur les fondements de notre société.

Je sais que certains ne sont pas allés ce matin dans ces églises qui devraient rester muettes et fermées mais ils auraient peut-être dû faire une exception. Pour une seule raison entendue dans les lectures du jour, un seul commandement partagé par les chrétiens, les juifs et les musulmans, un conseil proclamé par bon nombre d'athées: "écoute Israël". Ecoute...

18 octobre 2012

Emmanuelle ou la révolution du corps

affiche_film_emmanuelle_1974"Mélodie d'amour chante le coeur d'Emmanuelle..." 250, 300, 350 millions de spectateurs à travers le monde? Emmanuelle a été une révolution, une libération. Une libération?

Les ébats de la sublime Sylvia Kristel nous font sourire aujourd'hui tant l'érotisme d'antant nous parait maintenant enfantin. Pourtant l'histoire érotique de cette femme perdue et esseulée aux frontières de l'Orient fut le symbole de quelque chose. Une société qui avait besoin d'exploser. Un monde qui n'en pouvait plus de son carcan. Une humanité qui voulait retrouver sa nature. En 1974, les hommes et les femmes en pattes d'éléphant pensaient que leur nature était sexuelle.

Mais la libération des corps libéra-t-elle les coeurs? 

L'histoire de notre humanité est une succession d'orgies et de cloîtres. L'homme a du mal à gérer son corps. Tantôt il l'enferme, tantôt il le donne à qui veut. Dans tles deux cas, il perd son sens. 

A 21 ans, Sylvia était naïve. Sur le tournage, devant le photographe, elle se trouvait séduisante, se voyait en oeuvre d'art, comme un modèle pour un sculpteur. Et c'est vrai qu'elle était belle, Sylvia. De cette beauté ingénue qui offre le monde à la merveilleuse lolita. Elle faisait l'expérience d'une liberté tellement difficile à gérer. Lorsque sortit le film, les rues du monde entier se remplirent de photographes dont le regard artistique se muait en désir. Combien d'hommes ont tremblé en rêvant d'un avion vers Bangkok, d'un fauteuil en osier et d'une maison coloniale. De muse, elle devint fantasme et de fantasme, elle se retrouva objet. 

L'actrice que les réalisateurs cantonnaient à des rôles sexuels sombra alors dans l'enfer des relations complexes, de la drogue, de l'alcool et de l'abandon. Son corps s'était libéré mais son coeur souffrait. Parfois fière d'avoir été l'Emmanuelle du monde, parfois triste d'avoir été cette jeune fille naïve pas assez innocente. "J’en ai marre d’être une femme libérée, tous les hommes rêvent de moi, alors que moi, je ne rêve que d’un seul homme."

Entre le corps et le coeur, Sylvia n'est pas le sex-symbol d'une révolution. Elle fut finalement le symbôle de la recherche de tout être humain créé à l'image de Dieu. Cet homme qui est corps et coeur. Cet homme qui érotise pour mieux aimer. Dans une interview donnée au moment de la sortie du livre dans lequel elle raconte sa longue descente aux enfers (Nue), Sylvia se disait choquée par les clips de MTV, le regard que les médias portent sur la femme, la banalisation de la sexualité. Etre une femme libérée, c'est pas si facile...

Il y a toujours eu de l'art érotique, des nouvelles écrites et lues à la bougie, des images de seins dans les yeux pétillants des hommes. Emmanuelle est un maillon de plus dans cette longue chaine du désir. Mais sa banalisation en 1974 par d'étonnants censeurs fut le déclencheur d'une confusion entre l'amour et le fantasme, entre le sublime et le licencieux, entre le chaud et le moite. 

En 2010, Benoit XVI murmera un message éternel aux jeunes anglais :

"Je vous invite à mener une vie digne de notre Seigneur et de vous-mêmes. Chaque jour, vous êtres soumis à de nombreuses tentations - drogue, argent, sexe, pornographie, alcool - dont le monde prétend qu'elles vous donnent le bonheur. Mais ces choses détruisent et divisent. Il n'y a qu'une seule chose qui soit durable : l'amour de Jésus Christ pour chacun de vous personnellement. Cherchez-le, connaissez-le et aimez-le, et il vous rendra libres de l'esclavage d'une existence attrayante mais superficielle, souvent proposée par la société d'aujourd'hui. Laissez de côté ce qui ne vaut rien et apprenez votre propre dignité de fils de Dieu."

Ce regard spirituel sur le corps et le coeur peut sembler d'un autre temps alors qu'il est de tout temps. Lorsque je ferme les yeux et que j'y vois Emmanuelle, il y a peut-être la beauté des courbes. Mais il y a aussi l'esclavage de beaucoup de choses qui ont tant attristé Sylvia. Entre le sourire de 1974 et les larmes de la suite, il y a cette recherche inaboutie de son humanité. De sa dignité.

Je me dis alors que Benoit a raison. N'enfermons pas notre corps mais mettons Dieu dedans, dignement. Ne serait-il pas temps de faire un Grenelle des médias pour remettre au coeur de la société, la beauté du corps de l'homme?

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