BeniNews

26 novembre 2014

IVG: en rature, Simone !

 

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La France kiffe l'IVG. En 2014, c'est donc la fête. L'anniversaire à ne pas manquer. Il parait que le droit à l'avortement a 40 ans et il ne fait même pas sa crise.

Les médias passent en boucle l'éloquent discours de Simone Veil à la tribune de l'Assemblée nationale, la classe politique est unanime, les cours d'école en parlent la larme à l'oeil: la légalisation de l'avortement est le jour mémorable de la fin du 20e siècle. Les femmes sont enfin libres. Comme dirait Thierry Roland: "après avoir vu ça, on peut mourir tranquille." Enfin là, ce n'est pas vraiment nous qui mourons, mais bon. 

Il n'y a pas de débat, sauf à être un fieffé facho. Ou un con. Ou un religieux, ce qui revient à peu près au même. A l'Assemblée Nationale en ce jour où la France réaffirme le droit fondamental et universel de la femme à disposer librement de son corps, 7 cons ont refusé de voter la résolution. 2 fachos et 5 cathos coincés, c'est dire. 7 cons qui sont peut-être les seuls à avoir regardé la vidéo de Simone Veil qui circule pourtant en boucle depuis le début de la journée.

Car cette Simone que tout le monde loue, cette Simone qui reçoit une batterie d'hommages sans pouvoir malheureusement exprimer ce qu'elle ressent aujourd'hui, cette Simone qui, comme Nicolas Sarkozy, a plus que 2 neurones, qu'a-t-elle donc dit à l'Assemblée Nationale le 26 novembre 1974 pendant que la majorité des français écoutait Vanina, Le Téléphone Pleure et Waterloo?

Simone a tout d'abord évoqué l'humilité devant la difficulté du problème. L'avortement n'est pas un sujet facile; il ne le sera jamais. 

Simone s'est émue de la situation de trop nombreuses "femmes en détresse", expression que le gouvernement actuel a supprimé de la loi. "Celles qui se trouvent dans cette situation ce détresse, qui s’en préoccupe?", s'écriait-elle. Certainement pas ceux qui la nient. Première rature.

Simone a affirmé par conviction profonde le caractère exceptionnel de cette loi. "L’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue", sont ses propres mots. En faisant de cette loi un droit fondamental, en la liant au planning familial, en retirant la notion de détresse, les députés ont transformé profondément ce qu'ils louent et n'ont pas écouté celle qu'ils glorifient. Deuxième rature.

Simone a parlé du père de l'enfant. Celui que tout le monde oublie. Celui qui n'a pas beaucoup le droit à disposer du devenir de son sperme. Car si la femme dispose de son corps en 2014, le petit être qui s'y réchauffe a une origine partielle paternelle. Certes, de trop nombreux pères ne veulent pas s'en souvenir mais tous les hommes ne sont pas des salauds. "La décision de l’interruption de grossesse ne devrait pas, chacun le ressent, être entreprise par la femme seule, mais aussi par son mari ou son compagnon." Ce nouveau droit fondamental de la femme à "disposer de son corps" est très mal exprimé, car il nie le père. Troisième rature.

Simone a reconnu la vie, à la manière de Saint Thomas d'Aquin. Un enfant en puissance. "Plus personne ne conteste maintenant que, sur un plan strictement médical, l’embryon porte en lui définitivement toutes les virtualités de l’être humain qu’il deviendra." C'est notamment pour cela qu'elle considère sa loi comme dissuasive. C'est pour cela qu'elle enjoint au médecin un rôle de conseil. C'est pour cela qu'elle propose "une consultation auprès d’un organisme social qui aura pour mission d’écouter la femme, ou le couple lorsqu’il y en a un". C'est pour cela qu'elle contraint la femme à un délai de réflexion de 8 jours. C'est pour cela qu'elle évoque l'accouchement anonyme et l'adoption. Quatrième rature.

Simone a refusé le remboursement de cet acte par la Sécurité Sociale, alors même que Marisol Touraine se vante aujourd'hui d'avoir permis son remboursement à 100%. "Ce qu’il faut aussi, c’est bien marquer la différence entre la contraception qui, lorsque les femmes ne désirent pas un enfant, doit être encouragée par tous les moyens et dont le remboursement par la Sécurité sociale vient d’être décidé, et l’avortement que la société tolère mais qu’elle ne saurait ni prendre en charge ni encourager." Cinquième rature.

Simone n'a pas créé un nouveau "droit". Le droit à l'avortement n'est pas né en 1974. "Si elle n’interdit plus, elle ne crée aucun droit à l’avortement et que, comme le disait Montesquieu : "la nature des lois humaines est d’être soumise à tous les accidents qui arrivent et de varier à mesure que les volontés des hommes changent. Au contraire, la nature des lois de la religion est de ne varier jamais. Les lois humaines statuent sur le bien, la religion sur le meilleur"." Le droit fondamental que les députés ont aujourd'hui "réaffirmé", ils l'ont inventé. Sixième rature.

Ils ne sont donc que 7 députés à avoir lu, écouté, compris ce que Simone Veil a voulu exprimer.

L'avortement est un sujet complexe comme tous ceux qui traitent de la vie; je ne souhaitais pas aujourd'hui en débattre. Je regrette uniquement que Simone Veil soit utilisée, vantée, louée sans pouvoir s'exprimer. La vie nous empêche d'écouter une voix que beaucoup ont combattu mais qui a toujours eu une certaine retenue et vigilance. 

Chère Simone, mon univers spirituel m'empêche parfois d'être d'accord avec vous mais je suis certain que votre sagesse est triste devant ce spectacle affligeant de consommation de la vie. J'aimerais pouvoir ce soir me glisser chez vous avec les multiples amendements que les députés successifs ont votés sur votre texte de loi, avec aussi cette ultime et pathétique résolution. Nous prendrions alors nerveusement tous les deux notre stylo et la larme à l'oeil, je vous soufflerais: "en rature Simone".

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06 juillet 2014

La Boussole, le mook de l'été qui pointe vers le soleil

L'été est propice aux grandes lectures, aux respirations, à l'approfondissement. Pourtant les plages ont toujours fleuri de thrillers, best sellers et magazines people. L'été 2014 alliera les deux aspirations: le beau et le vrai.

La Boussole est un nouveau mook, une espèce contemporaine entre le magazine et le livre (mag/book=mook), que chacun peut trouver dans les bonnes librairies.

Impregnée de l'humanisme chrétien et ouvert aux "périphéries", la Boussole a pour ambition de répondre à une attente des femmes et des hommes de notre temps de se réapproprier le cours de leur vie, ou de leur offrir les moyens de la construire, en faisant les bons choix. Axée sur le bien commun, la Boussole souhaite contribuer au développement personnel, familial, professionnel, citoyen et spirituel, tout en répondant à une exigence de haute qualité esthétique et de divertissement. Un challenge réussi.

Le 1er thème de ce nouveau mook est "l'autorité positive". Sujet ô combien d'actualité politique, économique ou professionnelle, familiale ou personnelle, spirituelle, l'autorité est une clef finalement méconnue de notre vie collective. Nous sommes peut-être chefs de restaurant, hommes politiques, coachs, professeurs, managers, papes, philosophes, entraineurs de football, papas, mamans ou skippers, notre autorité quotidienne nous approchera ou nous éloignera du bien commun. Des reportages, conseils, quizzs, témoignages permettent de guider notre réflexion; la Boussole pointe vers le soleil de l'apaisement.

En complément de ce thème central, les fans de photos iront à la rencontre de la sagesse, les amateurs de BD se plongeront Notre Dame de Paris et les aficionados de la Coupe du Monde découvriront un Brésil étonnant.

A acheter chez votre libraire puis à dévorer.

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19 mars 2014

La tentation FN

Pour les nombreux chrétiens du monde entier, le temps du Carême est déjà bien entamé. Le Carême est cette courte et intense période qui nous rappelle tout à la fois les 40 jours et 40 nuits du jeûne de Moïse avant la remise des Tables de la Loi et les 40 jours de la tentation du Christ dans le désert entre son baptême et le début de sa vie publique. Il est aussi ce moment exigeant pendant lequel nous sommes appelés à jeûner, à faire un effort, à penser à ces "autres" qui souffrent et que nous oublions trop souvent.

En suivant l'exemple de Jésus dans le désert, nous devons résister à trois tentations : la faim ("si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain"), la gloire ("je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes") et le miracle ("si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas").

Les orthodoxes disent avec beaucoup de poésie, que nous sommes invités pendant le Carême à une "radieuse tristesse". La tristesse, nous la ressentons dans notre démarche de conversion ou "metanoia" en nous rendant compte de nos innombrables manquements. Mais cette tristesse est radieuse, car nous savons que Dieu nous aime et qu'il ne nous abandonne pas. Dieu aime les losers. Il y en a plein la Bible. Jacob était un menteur, le roi David avait plusieurs femmes, le prophète Elie était dépressif, Saint Thomas douta de Jésus et Saint Pierre le renia trois fois par manque de courage. Mais tous prirent un jour le chemin de la metanoia.

Dans le monde actuel, nous avons besoin de vivre cette "radieuse tristesse". De redescendre de notre arbre et de retrouver une part d'humilité. D'apprendre à écouter, raisonner, discerner. De nous ouvrir à ceux que nous n'aimons pas. De nous décentrer de notre fol amour de l'argent, du luxe, du sexe ou simplement de nous-mêmes. Bref, de souffler un peu. 

Aujourd'hui plus encore.

Autour de nous le monde semble incompréhensible, dangereux, effrayant, ennuyeux, décevant. L'Ukraine s'embrase quand la Syrie s'oublie. Le Proche-Orient n'aime pas quand la Centrafrique haït. L'Occident redéfinit la vie en niant l'humanité. La richesse est source de tension, le chômage habite villes et villages, l'étranger fait peur, les repères se perdent et nous tournons tels des hamsters dans une roue en cherchant le moyen d'arrêter le mauvais temps qui passe.

Nous vivons notre période de désert. Est-elle nouvelle? Est-elle plus ou moins difficile que d'autres périodes passées? Est-elle une image médiatique? Peu importe. Nous la vivons, nous la ressentons et elle nous coince suffisamment de nerfs pour nous empêcher de respirer l'air pur de la Création. E comme toute période de désert, elle est propice aux tentations. Ces mêmes tentations que Jésus a dû affronter pendant 40 jours: la faim, la gloire et le miracle.

Nous avons faim de travail, de paix, de joie. Nos médias nous donnent faim d'argent, de filles et d'objets connectés. Nous cherchons la gloire passée de notre pays, le renouveau de notre civilisation, le succès de nos initiatives. Nous espérons le miracle d'une croissance sans effort et d'un homme providentiel ordonné.

Et très concrètement en ces semaines électorales, ces tentations nous orientent parfois vers un tentateur qui n'est pas nouveau mais reprend du poil de la bête: le Front National.

Le Front National, c'est le tentateur par excellence. Celui qui nous promet la satieté; celui qui nous fait miroiter la puissance de notre petit village gaulois; celui qui nous demande de croire au miracle du héros sans reproche. Le désert actuel est pour lui un terrain de jeu rêvé; il lui est tellement facile de nous présenter la face sombre de nos autres choix. Un positivisme qui cherche à transformer l'humanité sur laquelle est fondée notre propre création; des revirements politico-économiques qui ne donnent aucun résultat probant; des affaires médiatisées à point nommé dans un esprit tactique douteux; une opposition qui cherche sa ligne de pensée en se bagarrant. Le monde politique n'est sans doute pas à la hauteur des enjeux. Peut-être même est-il indigne de la confiance que nous souhaiterions leur porter. Alors nous écoutons la petite voix...

Si Jésus dans le désert a su dire non, nous ne sommes pas Dieu et la tentation frappe fort l'homme sans défense. L'homme perdu qui regarde vers le soleil aveuglant cligne souvent des yeux. Il ne voit pas que le tentateur FN n'a jamais démontré une grande proximité avec sa vision non négociable de sa propre humanité; le débat sur le mariage pour tous l'a pourtant mis en évidence de manière flagrante. Il ne voit pas non plus le danger de la peur de l'autre, du repli sur soi, du péché de colère. Il ne voit pas que la haine des élites se confond quelquefois avec l'orgueil de celui qui veut se sauver tout seul. 

Je nous propose de relire un autre passage de la Bible. Après le Carême, après Pâques, il y a la Pentecôte. Si le Carême nous habite pendant les Municipales, la Pentecôte nous habitera pendant les Européennes. Anticipons donc son message. Celui du Cénacle, ce lieu retranché où se sont cachés les Apôtres après la cruxifixion du Christ. Ils étaient tous là, terrés dans leur pré carré, peureux du monde extérieur. Sauf un, Thomas, qui gambadait dehors sans crainte de dire à ses amis son amour pour Jésus. Au bout d'un certain temps, Jésus leur apparut au Cénacle (sauf à Thomas puisqu'il était dehors!) pour leur faire comprendre qu'Il était ressuscité, que la tristesse devait laisser la place à la joie et que leur vocation réelle était de le proclamer. Et c'est ainsi qu'ils se décidèrent à sortir, à parcourir le monde et à annoncer l'exigence heureuse de la résurrection.

Oui, le monde est complexe. Oui, ce que nous avons connu semble être un passé révolu. Oui, les "chefs de prêtres" de notre temps ne sont pas meilleurs que ceux que les apôtres cotoyaient il y a 2000 ans. Mais pourquoi céder à la tentation? Ne devons-nous pas être plus révolutionnaires que la révolution de pacotille qu'une voix trompeuse nous vend? Ne sommes-nous pas appelés à ouvrir les portes du Cénacle, à parcourir le monde, à annoncer un monde nouveau dans toutes les "synagogues", à oeuvrer pour le bien commun? Soyons dans le monde sans être du monde, mais ne nous enfermons pas.

Seigneur et Maître de ma vie,
l’esprit d’oisiveté, de découragement,
de domination et de vaines paroles,
éloigne de moi.
L’esprit d’intégrité, d’humilité,
de patience et de charité,
accorde à ton serviteur.
Oui, Seigneur et Roi,
donne-moi de voir mes fautes
et de ne pas juger mon frère,
car tu béni aux siècles des siècles. Amen

(Prière de Carême de Saint Ephrem le Syrien +373)

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03 février 2014

Nouveau succès pour la Manif Pour Tous

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En ce dimanche ensoleillé, ils étaient nombreux à battre le pavé, se balader, discuter, faire entendre leur voix. En riant. Sans heurt, sans incident, sans violence. 80.000, 100.000, 200.000 ou 500.000, peu importe. La Manifpourtous fut encore une fois un succès. Un an après, elle est toujours vivante, mobilisatrice comme aucun autre collectif dans l'histoire politique. Le ministère nous annonçait 20.000 personnes, la préfecture en avoue elle-même 4 fois plus en fourchette basse et les socialistes se mettent à considérer qu'il y a quand-même eu pas mal de français qui avaient le droit de s'exprimer. Cela me rappelle cette phrase magistrale d'Arnaud Lagardère à propos de l'affaire EADS: "J’ai le choix entre passer pour quelqu’un de malhonnête ou d’incompétent, qui ne sait pas ce qui s’est passé dans ses usines. J’assume cette deuxième version".

Des ministres de la République, Manuel Valls ou Michèle Delaunay avaient traité cette manifestation de violente, d'extrêmiste, de dangereuse et de honteuse avant même qu'elle ait lieu. Des députés PS, des porte-paroles, un vice-président d'Assemblée (Denis Baupin) ont accusé par anticipation les participants de "fachos" et autres joyeusetés. Mais on est où? Nous rendons-nous bien compte que des personnes élues comme représentantes de la population française insultent publiquement des centaines de milliers de français qui ont marché dans la rue pour la majorité silencieuse qui sondage après sondage se révèle au grand jour?

Il n'y a eu aucun trouble, aucun écart, juste une foule immense et bien élevée agitant des drapeaux colorés. Comme à chaque promenade depuis 18 mois avec cette France bien élevée qui se fait traiter de tous les noms par ceux qui oublient qu'ils étaient en première ligne pendant les manifestations ultra-violentes anti-CPE.

Dans un tweet, Ségolène Royal le dit pourtant très justement: "le débat sur les genres pose une question profonde, celle de la place des familles par rapport à l'école." Oui, il y a un débat sur les genres. Un débat sur la théorie queer du genre, l'idéologie de genre, le genre, quel que soit le nom qu'on lui colle. Le truc dont parle Vincent Peillon dans son livre mais qui n'existe pas; le truc dont parlait Najat Vallaud-Belkacem publiquement autrefois mais qui n'existe pas; le truc qu'a défendu le parti socialiste sur son propre site Internet mais qui n'existe pas.

Il y a un débat sur la place de l'Etat dans l'éducation. Je crois que la vision révolutionnaire, marxiste et peilloniste de l'éducation des foules est dangereuse et lui préfère le principe de subsidiarité: l'entité supérieure (l'État) ne doit pas retirer à l'entité inférieure (la famille) les fonctions et attributions (l'éducation, le respect mutuel, etc.) qu'elle est en mesure de remplir elle-même. Ce n'est pas à l'Etat d'éduquer nos enfants. Encore moins de leur imposer un ordre social improbable qui a déjà été expérimenté et fut un échec patent. La subsidiarité est une juste autonomie, une liberté responsable. La clef qui permet à chacun d'être acteur de la vie sociale en vue du bien commun.

Ligne Azur, ABCD de l'égalité, diffusion de films, le genre est déjà omniprésent. Les pressions au Parlement européen ne sont pas un mirage. PMA, GPA, les techniques sont dans les starting-blocks et les amendements ont été très officiellement proposés. Indifférenciation sexuelle, marchandisation du corps, confusion entre individu et personne humaine, le rouleau-compresseur est en marche. Il est destructeur. Disant cela je ne nie pas que d'autres peuvent avoir une vision philosophique, sociale et morale différente de la mienne; je pense simplement qu'ils ont tort. Mais surtout, nous conservons tous le droit de nous exprimer sans se faire caricaturer, encore plus lorsque la caricature est issue de ceux qui sont censés représenter l'ensemble du peuple qu'ils servent. Un dirigeant politique n'est pas un petit chef normal, c'est un leader serviteur.

A l'ère d'internet, la manifpourtous a réussi quelque chose d'invisiblement génial: elle a conduit les uns et les autres à la transparence volontaire ou involontaire. Nous savons aujourd'hui qui pense quoi et pouvons voter en conscience. Cela aura forcément des répercussions. A court, moyen ou long terme, cela a finalement peu d'importance. Il ne faut viser qu'une seule chose: le bien commun.

Ne pas se battre pour soi mais pour le bien commun. Ne pas être en colère, sentiment négatif et péché capital. Ne pas se fermer sur la souffrance de l'autre. Ne pas se prendre pour superman mais voir nos faiblesses pour accueillir celles que l'on refuse. 

Patiemment remettre la personne humaine au coeur de notre monde. Sans rien lâcher et avec l'assurante espérance que c'est déjà gagné.

"Je suis convaincu qu'à partir d'une ouverture à la transcendance pourrait naître une nouvelle entalité politique et économique" (pape François, Homme de l'Année 2013)

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17 décembre 2013

2013, c'était balèze

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Le froid hérisse mes poils et glace mon visage. Quelques décorations ici ou là, de rares chants dans les magasins et des cartes de voeux qui commencent à envahir ma boîte mail. La crèche est sur la cheminée du salon, la couronne de l'Avent sur la porte d'entrée et les tardives idées de cadeaux hantent mon esprit affolé. C'est bientôt Noël.

La fin de l'année est un moment privilégié. On analyse le passé, on respire le présent et on espère le futur. Que s'est-il donc passé en 2013?

Comme chaque année, 2013 a connu son lot de rires et de larmes, de guerres et de paix, d'inquiétudes et d'espoirs. Mais cette année, plus particulièrement, un drôle de combat a commencé à se jouer. Une partie de cartes dont les joueurs se sont dévoilés. On connait leur feuille de route, leurs alliés, leurs moyens. On connait même la fin ultime de la guerre, car le vainqueur est toujours illuminé par une étoile. Mais on ignore encore les petites victoires ou défaites des batailles quotidiennes. Alors on lutte avec joie, espérance et, espérons-le, beaucoup de charité.

Au début de l'année 2013, plus d'un million de personnes sont descendues dans la rue. BeniNews en a déjà longuement parlé, je n'y reviendrai donc pas plus que ça. Simplement pour dire que cette bataille-là fut un signal. "Ce n'est pas la fin. Ce n'est même pas le commencement de la fin. Mais, c'est peut-être la fin du commencement", haranguait Winston Churchill dans un contexte largement plus dramatique. Cette Manif Pour Tous fut bel et bien la fin du commencement. La fin du chien-de-faïence. L'abattage des cartes. Certains se disent que cette bataille est terminée, qu'il faut passer à autre chose, qu'il ne faut pas exacerber les tensions et blesser les hommes. Je pense qu'ils ont à la fois raison et tort. La bataille est terminée mais la guerre est commencée. Mon vocabulaire guerrier est sans doute mal choisi, car ce n'est pas une guerre contre des hommes mais contre des idées. La fermeté anthropologique ne s'oppose pas à l'amour ni à la compréhension des situations difficiles voire impossibles. Elle a permis des rencontres improbables, une réflexion intellectuelle nouvelle, un dialogue. Souvent, ce dialogue fut dur; parfois des mots furent inapropriés; quelquefois des intentions furent même mauvaises. Mais il y avait une justesse dans la mobilisation. L'enfant est un cadeau qui nait et grandit dans la complémentarité mystérieuse de l'homme et de la femme. La vie est pleine de surprises et offre à chacun d'accomplir sa vocation de différentes manières. Défendre le mariage, aimer ceux qui ont une autre vocation et espérer le bien commun en s'appuyant sur cette multiplicité de talents. La liberté ne réside pas dans l'individualisme; elle est un chemin qui mène au bien commun.

Au cours de l'année 2013, les impôts ont monté, les dépenses ont stagné et la morosité a gagné. Vous me direz que cela n'a aucun rapport avec le million de personnes roses, eh bien si: le bien commun. Aidé par une population relativement égoïste, l'Etat construit depuis trop d'années un système où il devient le décideur ultime. Il fait quelques promesses particulières, gagne des votes, dépense et maîtrise. Les promesses n'engagent peut-être que ceux qui les reçoivent mais elles coûtent souvent très cher. Au final, l'Etat éduque, l'Etat soigne, l'Etat emploie. Mais l'Etat ne prie pas et toute sa gestion manque fortement de perspective humaine. Comme dans un livre de science-fiction, l'Etat prend le contrôle de notre cerveau. Il nous dit ce qu'il faut penser, croire et faire... en dépensant. Pendant un temps, les gens s'en sont accomodés puisque l'Etat dépensait pour eux. Les hôtesses étaient mignonnes et le plateau-repas n'était pas si mauvais. Mais quand l'avion s'écrase, tout cela n'a plus aucun sens. Alors ils manifestent. Ils manifestent contre des avantages particuliers injustifiés; ils manifestent contre les remboursements d'IVG à tout-va; ils manifestent contre des taxes incomprises; ls manifestent contre une instruction déficiente et idéologique; ils manifestent contre cet Etat tentaculaire qui complique leur vie. Pourtant depuis plusieurs siècles, nous avons une réponse. Un principe qui fut même à la base de la construction européenne. La subsidiarité. Elle met en lumière l'importance des corps intermédiaires; elle redonne le pouvoir à la plus petite entité; elle libère les hommes sans nuir au raisonnement collectif. Elle permet à l'Etat de dépenser moins et de responsabiliser plus. Elle apporte à l'économie le souffle de la liberté créatrice et l'espérance de la famille constructrice. Sur le libre chemin vers le bien commun, nous n'avons pas encore enfilé les chaussures subsidiaires et nos pieds souffrent.

A la fin de l'année 2013, un putsch éthique a eu discrètement lieu. Les religions ont été mises au rencard, un sombre comité d'éthique a été modifié unilatéralement sur décision présidentielle et un institut de sondage est devenu Premier Ministre. Ne sachant comment faire passer ses lois qui portent atteinte au principe même d'humanité, l'Etat (toujours lui) a donc décidé de faire un putsch. Suivant le bon conseil de Bertold Brecht, nos gouvernants ont tout changé. "Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple." La première étape, à la manoeuvre depuis de longues années, fut l'étape médiatique. Rabâcher, rabâcher, rabâcher. La seconde étape fut atteinte il y a quelques mois. Transformer un comité d'éthique défavorable en un comité de tiques favorables. Dans n'importe quel livre d'histoire, il y aurait des mots qualifiant ce type de méthode mais dans la vraie vie en 2013, ça se fait encore. Puis vient d'arriver la troisième étape qui, je dois l'avouer, est tellement hallucinante qu'elle me surprend. J'ose donner à mes chefs le prix spécial du jury. Je suis bon joueur. Une inventivité que je ne soupçonnais pas et qui me prend comme la botte de Nevers. Alors que les hommes politiques passent leur temps à s'accuser de gouverner par les sondages, le gouvernement actuel a en effet décidé il y a quelques jours de l'assumer à 100%. Il a eu la brillante idée de nourrir le nouveau comité d'éthique favorable par... un sondage favorable truqué. Un très mauvais sondage qui ne respecte ni une taille minimale ni une diversité de points de vue. Juste 18 personnes qui pensent toutes la même chose sans rien n'y connaitre au sujet, interviewées par l'IFOP, lui-même missionné par les hautes autorités. L'IFOP, devenu Premier Ministre par l'opération du saint Esprit, a remis un rapport et nous voilà avec la France entière, représentée par 18 inconnus, favorables au "suicide assisté", terme marketing pour qualifier différemment l'euthanasie. Les bras m'en tombent. Nous ne sommes clairement pas dans le bien commun; nous ne sommes certainement pas dans la subsidiarité puisque l'IFOP et ses 18 ministres de comptoir ne représentent personnes; nous ne sommes définitivement pas dans la liberté. Nous sommes dans le néant.

Et elle est là la guerre. Le néant face à l'homme. Mais la bonne surprise de l'année est que nous bénéficions d'un allié de choix qui sera peut-être la clef de la victoire: le pape François.

Car 2013 fut avant tout l'année du pape François. Celui qui fit la une de tous les journaux, celui que le Times honore, celui que twitter retweet. Celui qui nous rappelle à tous que nous devons lutter pour l'homme par amour. Le plus pauvre, le plus souffrant, le plus triste. Celui qui nous recentre sur notre véritable objectif, l'homme créé à l'image de Dieu. Nous devons l'aimer enfant, nous devons l'aimer vieux, nous devons l'aimer pauvre. Mais nous devons aussi l'aimer quand il est perdu, qu'il s'égare, que nous ne le comprenons pas, qu'il fait des choix que nous n'approuvons pas. Celui qui nous commande de lutter par amour. Lutter en écoutant. Lutter en accueillant. Lutter pour l'autre et non pour nous. Celui qui nous demande beaucoup d'efforts mais qui nous montre que si le combat de 2013 était loin d'être parfait, celui de 2014 devra être plus beau. Celui qui nous offre des voeux de joie pour transformer nos coeurs.

Que 2014 soit autre pour tout le monde et que dans ce joyeux combat pour l'homme, nous n'oublions pas que celui qui gagne est un petit bonhomme souriant qui joue avec la paille.

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29 juin 2013

La parole est au poète grec

sc00008ffaPour quelques jours encore la Bibliothèque nationale de France (BNF) met à l'honneur Guy Debord. Trésor national pour les uns, spirale du vide pour les autres, cette exposition à la gloire de l'initiateur de l'Internationale situationniste a le mérite de nous rappeler une chose, une seule, essentielle : cette "société du spectacle" qu'il décrivait, nous y sommes les deux pieds dans la glaise médiatique.

Il en est ainsi de Zahia, cette prostituée mineure de bas étage devenue égérie glamour grâce à la magie cynique de Karl Lagerfeld. En quelques mois, la société du spectacle nous a subtilement proposé de fantasmer sur une fille plantureuse qui n'a rien à dire, a vendu son corps adolescent à des footballeurs qui ont la tête dans le Champagne et représente finalement tout ce que la société raisonnée devrait aborer. L'image serait-elle donc plus forte que la vertu?

Il en est ainsi du gouvernement français et son franc-tireur Arnaud Montebourg, partis en croisade contre le malheureux José Manuel Barroso, président de la Commission européenne. En quelques discours, la société du spectacle nous a ridiculement proposé de haïr une Europe qui nous imposerait une austérité... que nous n'avons pas même commencé à mettre en oeuvre et que chacun sait fondamentale. Le discours serait-il plus fort que la vérité?

Il en est ainsi de l'éducation nationale tombée suffisamment bas pour faire disserter des élèves de bac professionnel sur la chanson de Jean-Jacques Goldman Là-bas. En quelques heures, la société du spectacle nous a naïvement proposé de croire que la culture est inaccessible à des élèves qu'on humilie et qu'elle n'est pour eux qu'un instantané populaire, oubliant des siècles de construction, de réflexion, d'écriture et de recherche dont la nourriture élève l'homme. La peoplisation serait-elle plus forte que l'instruction?

Il en est ainsi de la RATP, partenaire de la Fête de la philo transformée soudainement en fête de la tarte à la crème. En quelques semaines, la société du spectacle nous a sectairement proposé de lire Confucius, Lao Tseu ou Gandhi, omettant volontairement de donner la parole à ceux qui ont tant inspiré notre monde, d'Aristote à saint Thomas d'Aquin en passant par saint Augustin, Pascal, Maïmonide ou Averroès. L'année prochaine, la RATP organisera peut-être la fête du sport, avec le Yoga en tête de pont. Le relativisme mou serait-il plus fort que la reconnaissance?

Il en est ainsi des médias, passés de l'information discernée à la propagande divertissante. En quelques émissions ou articles, la société du spectacle nous a bêtement proposé d'adhérer à des revendications discutables qui méritaient au minimum débat et réflexion. La rue lui a révélée la réalité de la fracture qu'elle n'a pas su voir et qu'elle n'a pas voulu représenté avec justesse. La propagande serait-elle plus forte que l'honnêteté?

Il en est ainsi de la police, dont la mission sécuritaire est devenue celle d'une surveillance de la pensée. En quelques gardes à vue, la société du spectacle nous a violement proposé d'être un troupeau de bons citoyens qui n'auraient plus le droit à la révolte, à la pensée contradictoire, à la profondeur du discernement. Situation étonnante que même Sylvester Stallone a su dénoncer dans ce joyeux nanard qu'est Demolition Man. L'abrutissement serait-il plus fort que la liberté?

Que pouvons-nous faire?

Coincés dans cet univers médiatique, ce monde de spectacle, cet infini du vide, nous sentons, impuissants, la terre se fissurer sous nos pieds. Que pouvons-nous faire?

Certains comme les Veilleurs, ces jeunes magnifiques qui maintiennent une vigilance continue pour dénoncer pacifiquement ce qui leur semble un sabordage sociétal, ont décidé d'être dans le jeu sans être du jeu. Ils utilisent l'image, la chorégraphie, le silence, la visibilité médiatique pour porter spectaculairement leur message. Dans le même temps, ils enseignent, lisent publiquement avec tendresse des textes que le monde d'aujourd'hui oublie et dont la connaissance pourrait réveiller les consciences. Des écrivains, des penseurs, des héros. Pas de saints (spectacle oblige) mais des poètes.

Et ces poètes, ce sont eux que je vous appelle TOUS à devenir. En guise d'épilogue de sa pièce La Guerre de Troie n'aura pas lieu, Jean Giraudoux fait dire cette prophétie : "le poète troyen est mort... La parole est au poète grec", signifiant ainsi le passage de la fiction à la réalité. Un proverbe africain chante cette même nécessité à sa manière : "tant que l'histoire de la chasse sera racontée par le chasseur, le lion sera toujours vaincu".

Nous avons cruellement besoin de poètes grecs capables de raconter la véritable histoire des lions que nous sommes. Où que nous soyons, quelles que soient ce que nous croyons être nos faibles capacités, mettons-nous debout pour clamer ce qu'est la réalité. A la RATP, dans nos entreprises, dans les médias, en politique, n'importe où, prenons la parole. Non pas par ambition ou pour notre propre propagande mais simplement pour être ces indispensables poètes grecs révélateurs de réalité qui permettront au monde d'avancer sereinement.

13 avril 2013

Cet article est radical

902548_451482411592633_2064183770_oDepuis quelques jours, le gouvernement cherche à mettre derrière lui à marche forcée le très mauvais moment que la Manif pour tous lui fait passer. Vote à mains levées au Sénat, en catimini, sans scrutin public; passage en force à l'Assemblée Nationale; consignes de vote autoritaires. Le pouvoir législatif use de techniques pour vaincre le pouvoir populaire. Tactiquement, c'est assez malin. Philosophiquement, c'est plus douteux. Stratégiquement, c'est très dangereux. C'est surtout radical.

"Radical" est le nouveau mot à la mode. Je ne sais pas si c'était un jeudi ou un vendredi, peut-être même un mercredi. Un jour quelconque. Il faisait encore un peu froid dehors. Les filles n'avaient toujours pas raccourci les jupes et les garçons se demandaient si le PSG allait ou non réussir à battre le Barça. chez Publicis, entre deux longues période d'ennui, le téléphone sonna. Un gars de l'Elysée, le coeur battant à 400, hurla son désarroi. Panique à bord. Il raconta que tous les soirs depuis 6 mois, il faisait des cauchemards plein de T-shirts roses, de bébés hurleurs, de papas et de mamans. Chez Publicis, ils étaient interloqués. Autant ils s'y connaissaient en éléphants roses après quelques pilules bleues, mais des familles réactionnaires en T-shirts roses... Ils n'avaient jamais été à ce point défoncés. Ils ne savaient pas quoi faire. Les bras ballants des cohortes de bobos tournaient en rond dans des couloirs stylés. Soudain, il y en un ou une, peut-être même un stagiaire, qui eut une idée géniale pour contrer tous ces gens bizarres qui manifestent contre le mariage pour tous. Radical. Le mot magique. Au pluriel, c'est avec un "s" comme Valls ou avec un "aux" comme Ayrault? Et est-ce qu'on ne pourrait pas en faire un verbe? Genre, ces manifestants radicaux se sont radicalisés. Ca tape. Yeah baby, ça va les moucher rapide. 

Les spécialistes du langage dans l'entourage de notre si peu aimé président ont le verbe un peu radical. Cela pourrait être efficace mais cela devient plutôt ridicule. Voir tous ces ministres, tous ces députés sortis de nulle part prendre un micro et dire le même jour le même mot est radicalement ridicule. Un million de personnes? Radical. Filiation, engendrement, altérité? Radical. PMA, GPA, dignité de la personne humaine? Radical. 

Pourtant, en y réfléchissant un peu plus, il n'avait pas complètement tort, notre pubard. Il y a effectivement une certaine radicalisation qui devient dangereuse.

Cela fait 6 mois que j'entends à tout bout de champ des hommes et des femmes politiques, des journalistes, des voisins de dîner livrer au monde une pensée radicale qui se limite à deux mots : égalité, amour. Demain, je n'oublierai pas de demander à ma grand-mère si au nom de l'égalité, elle ne voudrait pas se faire une petite PMA après s'être mariée avec ses deux amants qu'elle aime sincèrement... Des interdits, il y a en des myriades. Certains veulent en retirer un, le droit des couples de même sexe à adopter, mais ne sont pas pour autant prêts à les retirer tous : la procréation pour les personnes âgées, le droit de se marier à plusieurs, l'adoption par un frère et une soeur, etc. Là où il y a de l'amour, il n'y a pas toujours des droits similaires. Nous avons tous nos limites et nos interdits qui concernent des situations... radicalement différentes. La Manif Pour Tous a gagné la bataille de l'esprit. Alors qu'elle a passé les 6 derniers mois à argumenter avec sérieux, ses farouches opposants gouvernementaux n'ont cessé de répondre par des mots radicaux. Cette victoire est la plus belle.

Cela fait 6 mois qu'une mobilisation unique marche, piétine, campe partout en France. La plus forte mobilisation sociale depuis 20 ans. Ce n'est pas rien. Face à cela, le gouvernement oppose un silence radical. Les médias aussi d'ailleurs, bien qu'ils commencent à comprendre leur méprisante erreur. Plus d'un million de personnes régulièrement dans la rue et pas une invitation à l'Elysée. Une commission des lois qui se déclare incapable de trouver un juriste opposé au projet. Des ministres qui ignorent, méprisent, accusent. C'est radicalement novateur. Le mouvement contre la réforme des retraites a provoqué nombre de réunions, de petits mots, de négociations. Les infirmières, les lycéens, les étudiants, les ouvriers ont tous connu leur heure de gloire. Un seul mouvement fait face à une porte fermée. Quelle que soit l'opinion de chacun, cette attitude radicale est injustifiable. Elle nie la dignité de l'homme en niant la vocation de chaque personne à participer à la vie de la communauté.

Cela fait 6 mois que j'entends certains me dire que nous devrions nous mobiliser contre la pauvreté, la faim dans le monde, la guerre en Syrie. Ces gens vont-ils parfois là où se trouvent les malheureux dont ils parlent depuis leur canapé? Vont-ils les rencontrer dans leur radicalité? La famille est le cercle d'amour essentiel à la dignité de la personne humaine. La famille est bien souvent salvatrice et c'est cette entité merveilleuse que toute cette foule veut justement défendre quand d'aucuns veulent la destructurer. Je préfèrerais voir au JT de TF1 un ministre de la famille louant cette famille unie dans la durée qui offre tant de stabilité et d'amour. Ce genre d'argument radical est parfois triste à entendre. Ces contradicteurs devraient se balader au milieu de la foule. Ils y verraient qui s'abandonne quotidiennement auprès des sans-abris, qui s'occupe des personnes lourdement handicapées, qui va visiter les personnes âgées, qui vole à la rencontre des habitants de pays oubliés, qui défend au tribunal des enfants dont l'absence de famille stable a cruellement manqué. Et peut-être changeraient-ils radicalement d'avis. 

Cela fait 6 mois que des manifestants qu'on qualifiait de bisounours s'habillent en rose avec des pancartes tout droit sorties de Fisher Price. Qu'ils organisent des flashmob, des campings, des joggings. Il n'y a jamais eu une seule vitrine cassée, un jet de pierre, une aggressivité quelconque. Rien. Ce mouvement est radical, oui, car c'est le premier à respecter les autres. Pendant que le Parlement justifie l'immunité pour des mouvements sociaux d'une rare violence, la Préfecture met en garde à vue une soixantaine de jeunes gens roses qui font un sitting. Cette tentative autoritaire de stoper un mouvement populaire pacifiste est radicale. Le gouvernement est totalement dépassé par l'ampleur de l'opposition à son projet de loi. J'entends encore un haut conseiller me dire en septembre qu'il n'y avait aucune discussion possible, que tout cela serait bouclé en décembre et que les français s'en fichaient. Analyse radicalement erronnée et incompétente, noyée dans son idéologie. Le passage en force actuel, l'absence totale d'écoute, le mépris sont totalement indignes. Nous sommes passés d'un Président normal à un Président radical.

Alors soit, je suis radical. Je me radicalise radicalement dans ma radicalité. Mais en français, avec des mots doux et tendres, je dirais juste que je veux poursuivre mon opposition à un projet de loi qui me semble dangereux. Je continuerai à m'engager pour promouvoir une société qui remettrait la personne humaine au coeur de son développement. Une écologie humaine qui respecterait l'intégralité de la personne humaine et rappelerait le caractère central de la famille; une économie dynamique et innovante qui serait assise sur le Bien Commun et partagerait les ressources avec justesse; un environnement naturel dont la merveille serait défendue; un patrimoine culturel, intellectuel et spirituel qui serait transmis.

Pour une fois que le débat public pouvait porter sur l'Homme, pour une fois que les citoyens s'intéressaient à l'Homme, c'est plus que dommage, c'est véritablement absurde de ne pas avoir osé provoquer des états-généraux de la famille, cette communauté tellement fondamentale.

Comme le faisait dire brillamment Audiard à Gabin dans Le Président, la politique devrait être une vocation alors que pour certains elle est un métier. Un peu comme le mariage finalement...

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25 mars 2013

Merci François


Ni_a_louer_ni_a_vendrePlus personne ne peut décemment le nier, le mouvement est considérable. On lui prédisait pourtant une mort subite à longueur d'articles et de journaux télévisés; lundi, il était un rassemblement de boy-scouts; mardi, il devenait un camp d'entraînement de dangereux homophobes; mercredi, il se transformait en exutoire pour tous les laissés-pour-compte; jeudi, il redevenait un complot crypto-catholique; vendredi, il ne dépassait pas 100.000 personnes sottes; samedi, il se refroidirait en hiver; et dimanche, voyant que tout cette propagande était bonne, les médias avaient la merveilleuse idée de se reposer.

Le problème avec cet aveuglement volontaire est qu'il peut conduire à un étrange capharnaüm. Un président qui n'a plus prise avec la réalité concrète de ses concitoyens. Un gouvernement qui voit un mur mais est incapable de freiner. A l'image de la nouvelle égerie des français, nombreux sont ceux qui ont envie d'interpeller ceux qui, dans leurs magnifiques ministères, les méprisent : "un gouvernement qui n'est pas intéressé par l'opinion de ses concitoyens, non mais allô quoi. T'es ministre et t'entends pas les citoyens, non mais allô. Alloooô!"

Tout cette pagaille n'est pas agréable. Pagaille anthropologique, pagaille économique, pagaille diplomatique. Personne ne peut s'en réjouir. Et pourtant, j'ai envie d'offrir à François Hollande ce mot anachronique, gratuit et sincère : MERCI.

Merci de nous avoir permis de rassembler tous ces français. Merci de nous avoir offert d'accueillir nos amis de province. Merci de nous  avoir, chrétiens, juifs ou musulmans, donné l'opportunité d'avoir un discours commun. Merci de nous avoir recentrés sur l'essentiel, l'humain, homme et femme.

Car c'est cela le sujet étonnant de toute cette mobilisation : l'homme. Hier personne ne manifestait pour des acquis sociaux, contre une fiscalité appauvrissante, pour défendre un avantage personnel. Certains ne le comprennent toujours pas et pensent que tout cela passera comme une lettre à la poste. Les gens se lasseront, nous disent-ils. Eh bien non. Les gens sont généreux. Les gens manifestent pour des valeurs qui n'accroissent pas leur niveau de vie; les gens mettent même de l'argent dans les petites corbeilles qui circulent entre les banderoles. Les gens sont prêts à aller dans la rue pour sauver ce qu'il y a de plus cher à leurs yeux, la famille.  Et c'est d'ailleurs intéressant que la famille soit le seul sujet capable de fédérer autant de monde. Les gens...

Ces "gens" qu'on ne veut pas écouter se soucient plus de l'homme qu'on ne le pensait. Ils se soucient de sa nature anthropologique; ils se soucient de sa vocation intrinsèque; ils se soucient des plus pauvres, des plus petits; ils se soucient d'une économie qui s'éloigne de plus en plus de la réalité humaine; ils se soucient de la paix.

Benoit XVI rappelait lors de son message pour la célébration de la Journée Mondiale de la Paix qu' "en chaque personne, le désir de paix est une aspiration essentielle qui coïncide, d’une certaine façon, avec le désir d’une vie humaine pleine, heureuse et accomplie. […] La négation de ce qu’est la véritable nature de l’être humain, en ses dimensions essentielles, en sa capacité intrinsèque de connaître le vrai et le bien et, en définitive, Dieu lui-même, met en danger la construction de la paix." Dans le suite du message, il développera ce qui est le fondement logique de l'écologie humaine. La paix commence par les respect de l'être humain. Bioéthique, famille sont des préalables intérieurs à toute paix, des signes d'amour de l'homme. Puis cette paix intérieure ira rayonner au coeur de l'économie, au coeur de nos entreprises, redonnant sa dignité au travail humain. Enfin, elle se fera au niveau géopolitique. 

Ecologie humaine, l'expression est lâchée. Elle a donné lieu très récemment au lancement d'un grand mouvement national par l'un des porte-parole de la Manif Pour Tous, Tugdual Derville, appuyé notamment par un économiste fin connaisseur de la Doctrine Sociale de l'Eglise Pierre-Yves Gomez. Derrière ce mouvement, il y a une belle idée, celle d'élargir le sujet mobilisateur du moment à tout homme et à tout l'homme. Replacer l'homme au coeur de la société. Humanité, liberté, responsabilité.

Merci donc François. Merci de nous avoir donné cette unique occasion de mettre en lumière qu'entre le diktat d'un état positiviste et le libéralisme aveugle, il y un feu de joie qui attendait qu'on souffle : l'être humain engendré merveilleux et libre, tout homme et tout l'homme.

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12 mars 2013

Au bistrot de la France

779px_jean_beraud_au_bistroImaginez-vous dans un chouette bistrot, assis sur un tabouret, un verre de pastis sur le comptoir. Une télé grésille mais vous comprenez qu'Eurosport vous annonce la victoire de Dax sur Clermont.

Assise à vos côtés, une femme assez sympa, Michèle, une bordelaise, vous tape la causette. Le Conclave, le sujet du moment. Bizarre ce Benoit XVI qui renonce. En a-t-il parlé au comité de soutien des seniors? Et pourquoi les cardinaux de plus de 80 ans ne pourraient-ils pas voter? Le barman François fait une blague villageoise sur le pape. Cela vous fait sourire.

Vous vous retournez. Vous apercevez un flipper. Victorin joue avec un pote. Ils se tapent sur les cuisses quand ils sont fatigués d'appuyer sur le bouton qui lance la boule. Victorin vient des Antilles. Il trouve qu'un dictateur comme Hugo Chavez, c'est cool. Son corps aurait d'ailleurs été préparé comme pour sa sanctification. Parait-il. On n'en parle pas assez sur Eurosport. Cela vous fait sourire.

Autour du billard, la discussion s'envenime. Cécile, toujours un peu agressive, s'en prend au curé du village. Elle a vu tout à l'heure un clochard sur la route et elle accuse le cureton de ne rien faire. Monsieur l'abbé a sa veine qui se tend, ça lui fait rater son coup. Il a failli déchirer le tapis. Il regarde le crucifix qu'il a accroché en douce au-dessus de l'horloge et se calme. Il invite Cécile à venir l'aider cette nuit à accueillir les pauvres du village. Il est malin, don Camillo. Cécile comprendra peut-être qu'il n'a pas attendu qu'elle parle pour agir. Cela vous fait sourire.

Soudain, le bistrot devient bruyant. Des cris, des pleurs, de la joie. Kader aurait lu dans la presse que des otages français auraient été libérés. Quelle délivrance. Cela vous aurait fait sourire si seulement ça avait été vrai.

Pendant ce temps, un beau gosse est rentré et a commandé un verre de Cognac. Pierre porte des Berluti et un costume sur-mesure. Étonnamment, il hurle un peu fort contre les riches. Faut les taxer, faut les taxer. Pierre demande à François d'augmenter ses tarifs pour le notaire et le médecin du village. Et le gars de la supérette aussi. C'est ta seule solution pour que ton bar ne fasse pas faillite. La solution du très chic pilier de cet étrange bar vous parait un peu rapide. Un lustre n'était pas forcément nécessaire au plafond du bistrot de la France. Le patron aurait pu économiser comme ça le notaire n'aurait pas été obligé de payer son Armagnac à un prix indécent et aurait donné un peu plus au curé pour qu'il aménage le grenier du presbytère et y accueille d'autres pauvres. Par ce froid en plus... Vous ne savez plus si vous souriez; vous êtes fatigué.

Alors vous reprenez votre verre. Et une tranche de saucisson. Un grand-père à l'autre bout du comptoir siffle une bière. Il drague un peu la petite qui aide le barman. Elle est mignonne, Najat. Elle aime bien taper la discute avec les habitués. Il lui raconte sa vie. Son petit-fils qui ne peut pas avoir d'enfant. Najat, elle, a vu un reportage sur des femmes qui louent gentiment leur ventre pour faire acte de service public. Enfin de service payant. Papy n'a pas trop d'argent mais Najat rêve que la Sécu rembourse les frais de son petit-fils. Papy lui demande si c'est éthique, car lui, il ne voudrait pas donner son sperme à tout va; Najat est déjà passée à un autre client. Votre sourire se crispe.

Vous vous réveillez. Autour de vous, ce n'est pas un simple bistrot de village où l'on se gausse, récrimine, se tape sur les épaules avec un bon verre et de la charcuterie. Vous regardez la pancarte au-dessus de la porte. Bistrot de la France. Vous comprenez que tout cela a beaucoup plus d'importance qu'il n'y parait, que François, Michèle, Cécile, Pierre, Kader et les autres ont de vraies responsabilités. Vous ne souriez plus. Vous tapez sur le comptoir, commandez un bon blanc de Bourgogne, interpellez François. Tu entends la clameur sur la place du marché? Les villageois veulent que tu le transformes, ton bistrot déglingué. Entends-les, prends un architecte, un décorateur, un comptable, une serveuse, ce que tu veux, mais n'oublie jamais que ton métier n'est pas d'être au service de quelques clients triés sur le volet mais au service du Bien Commun.

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11 février 2013

Ich bin ein Vaticaner

benoit_XVIBenoit XVI renonce. "La vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié."

Cette annonce fut pour moi un petit choc. Le Talmud enseigne qu'il nous faut "un maître et un ami". Benoit XVI fut pour moi pendant 8 ans un maître spirituel et intellectuel qui professait avec sagesse des idées qui venaient se cacher dans mon coeur et dans mon cerveau et que je pouvais retrouver à chaque fois que mon cheminement pâtinait. Il était et il est encore plus aujourd'hui un exemple d'humilité profondément charitable.

Je ne résumerai pas dans ce blog la théologie de Benoit XVI; je n'en ai pas les capacités et ai toujours considéré qu'il valait mieux puiser à la source pour comprendre. Je ne commenterai pas non plus l'éventail des réactions dont certaines se limitent malheureusement à des polémiques creuses, sans justement les intégrer à la révolution véritable de Benoit XVI. Je donnerai très simplement quelques brèves clefs de ce que ce grand bonhomme m'a apporté... en espérant que je construise sur ses discours-rocs.

Benoit XVI a transcendé mon rationalisme. Un autre sage, Pierre Goursat, disait régulièrement que plutôt que croire en nos doutes et douter de notre foi, nous devrions croire en notre foi et douter de nos doutes. Tout au long de son pontificat, Benoit XVI nous a demandé d'ancrer notre foi dans la raison. «La résurrection du Christ est notre espérance […], ce n'est ni un mythe, ni un rêve, ce n'est ni une vision, ni une utopie, ce n'est pas une fable, mais un événement unique et définitif : Jésus de Nazareth, fils de Marie, qui au soir du Vendredi saint a été descendu de la Croix et mis au tombeau, est sorti victorieux de la tombe.» Jésus est véritable, historique, charnel. Dieu est raisonnable, il n'est pas une abstraction d'un autre ordre, une chimère. Savoir que Benoit XVI, un être ancré dans la raison, pétri de culture et lecteur de philosophie allemande est en même temps ce pape vivant pleinement d'une foi, d'une espérance et d'une charité immenses fut et reste un encouragement à trouver le Beau et le Vrai dans les recoins de ma raison.

Benoit XVI m'a guidé sur une recherche absolue de vérité. Il fut parfois bêtement taxé de conservatisme et de rigidité. Aujourd'hui encore Libération parle d'un pape "pessimiste et intransigeant" sans évoquer une seule des nombreuses perles de lumière qu'il a egrénées dans ses livres et discours. Benoit XVI n'est pas intransigeant, il est exigeant. Ses livres d'interview démontrent très facilement qu'il était lucide et plein d'amour pour tous les hommes, dont certainement lui-même, qui sont engagés sur un chemin de sainteté mais dont les mollets faiblissent au cours de l'ascension. La vérité, c'est l'élément manquant du monde contemporain. Nous sommes passés sans nous en rendre compte à un monde qui agit par émotion, par réaction sans jamais prendre le temps de poser sa réflexion. Caritas in Veritate fut l'expression fondatrice pour moi des troubles que nous vivons. Nous pensons souvent être généreux ou charitables sans jamais vraiment nous poser la question fondamentale de la vérité. La raison que revendique Benoit XVI doit être une base pour chercher Dieu, le vrai, le beau. "Je pense ici à l’attitude de ces chrétiens qui, par respect humain ou par simple commodité, s’adaptent à la mentalité commune au lieu de mettre en garde leurs frères contre des manières de penser et d’agir qui sont contraires à la vérité, et ne suivent pas le chemin du bien." Quaere Deum (chercher Dieu) est évidemment complexe mais nous avons cruellement besoin de reprendre le temps de cette complexité.

Benoit XVI a secoué ma charité. En 2009, alors que nous étions au Cameroun avec mon épouse, nous avons eu la chance d'assiter dans un stade plein à craquer à une messe papale terriblement joyeuse. De ce voyage, les médias retinrent une polémique pleine des raccourcis dont ils deviennent trop souvent les champions; moi j'en retiens une phrase qui me hérissa les poils d'émotion : "aux enfants qui n'ont plus de père ou qui vivent abandonnés dans la misère de la rue, à ceux qui sont séparés violemment de leurs parents, maltraités et abusés, et incorporés de force dans des groupes paramilitaires sévissant dans certains pays, je voudrais dire : Dieu vous aime, Il ne vous oublie pas." Quelques minutes auparavant, il avait encouragé les pères de famille à aimer et respecter leurs femmes. Cela peut paraitre anodin à un esprit occidental mais il suffisait de regarder les sourires qui ont connu la souffrance de ces femmes et ces jeunes en boubous papaux autour de nous pour comprendre que ces petites phrases murmurées avec une force de conviction et un amour incroyables étaient signifiantes. Dieu vous aime, il ne vous oublie pas. Tout au long de son pontificat, Benoit XVI a marqué par son regard empli d'amour. Même lorqu'il prononcait des paroles fortes et exigeantes, il prenait soin de ne pas juger mais d'aimer. Cet amour, certains ne l'entendent pas alors qu'il irradie et explique toute sa pensée. Dans un livre pourtant critique sur l'élection de Benoit XVI, Confession d'un cardinal, l'auteur ne peut s'empêcher de le décrire en vérité : "Benoit XVI est un homme exceptionnel sur le plan humain, ce n'est pas toujours connu, sur les plans intellectuels et spirituels, c'est une évidence." 

Benoit XVI m'a encouragé sur la longue route de l'engagement. En 2009, après le Cameroun, il s'arrêta en Angola. Devant des milliers de jeunes, il fit encore et toujours un discours magistral les encourageant au mariage ou au sacerdoce : "face au risque de s’engager pour toute la vie, que ce soit dans le mariage ou dans une consécration particulière, vous éprouvez de la crainte. [...] Je vous le dis : Courage ! Osez prendre des décisions définitives parce que ce sont les seules qui ne détruisent pas la liberté, mais qui lui donnent la juste orientation, en permettant d’avancer et de faire quelque chose de grand dans la vie. La vie n’a de valeur que si vous avez le courage de l’aventure et la certitude confiante que le Seigneur ne vous laissera jamais seuls." A chacune de ses interventions, comprenant plein d'amour les difficultés des personnes qu'il avait en face de lui, Benoit XVI a su tourner leur regard vers une vie plus grande, difficile mais tellement belle.

Benoit XVI m'a ébloui par son humilité. Les polémiques qui font la joie des médias sont mal comprises. On critique Benoit XVI en évoquant les prêtres pédophiles, la sexualité, les intégristes. Mais on omet de glorifier cette qualité rare qu'est l'humilité. Benoit XVI a décidé humblement et sereinement de porter les croix de l'Eglise, d'accepter les critiques sans jamais se plaindre et en sachant pour Qui il oeuvrait. Dès le Chemin de Croix qu'il présida en remplacement d'un Jean-Paul II mourrant, il affirma que "les habits tellement sales de ton Eglise nous plongent dans le désarroi. Mais c'est nous qui l'avons salie." Il le répéta ensuite à de nombreuses reprises, notamment dernièrement lors de l'arrestation de son majordome qui fut pour lui une lourde épreuve. Aujourd'hui il me montre  à nouveau par son renoncement qu'en lecteur attentif de saint Benoit, il a pris de l'avance sur moi dans la montée des douze degrés sur l'echelle de l'humilité.

Benoit XVI m'a fait redécouvrir les racines fondatrices de l'homme. Rappelant avec force les fondements de ce qu'il a appelé "l'écologie humaine", Benoit XVI m'obligea à prendre conscience de cet homme créé homme et femme à l'image de Dieu. Bioéthique et famille bien-sûr mais plus profondément dignité de l'être humain, du plus faible. Cette approche donnera indéfiniment lieu à polémique, car c'est là que se trouve concrètement la fracture intellectuelle depuis la nuit des temps. Homme créé par Dieu ou Homme maîtrisé par l'Homme? Mais c'est magnifique. Comme l'écologie cherche à retrouver la pureté de la terre, l'écologie humaine peut nous amener à retrouver la pureté de l'Homme. Plus profondément, ce respect de la dignité de l'être humain est le terreau créateur de paix. "En chaque personne, le désir de paix est une aspiration essentielle qui coïncide, d’une certaine façon, avec le désir d’une vie humaine pleine, heureuse et accomplie. […] La négation de ce qu’est la véritable nature de l’être humain, en ses dimensions essentielles, en sa capacité intrinsèque de connaître le vrai et le bien et, en définitive, Dieu lui-même, met en danger la construction de la paix.

Benoit XVI m'a poussé à m'impliquer dans la société. En 2010, lors de son voyage extrêmement riche en Grande-Bretagne, Benoit XVI lanca un appel aux laïcs à "introduire et promouvoir dans le débat public l'argument (...) d'une vision de foi." Nous devions, je devais apporter cette foi constitutive de ce que je suis dans ma vie sociale, professionnelle, politique, car la raison a besoin du "correctif apporté par la religion." La raison politique a besoin de foi mais également la raison économique et plus généralement le monde qui nous entoure. Quitte à ne pas être compris, quitte à étonner, quitte à provoquer des discussions étranges mais aussi bien souvent enrichissantes, Benoit XVI encouragea souvent les chrétiens à faire leur coming-out là où ils sont et à participer activement à la construction du monde. En février 2012, en encourageant les cardinaux à être serviteurs aussi loin que le rouge sang du martyr qu'ils portent, il recommandait à tous les chrétiens d'aller courageusement au bout de leur foi.

En fait, Benoit XVI m'a rendu profondément chrétien. Ich bin ein Vaticaner. Quand j'écoute les discours quotidiens de notre intelligensia politico-médiatique, je n'ai qu'une envie : me plonger dans une homélie de Benoit XVI. Prendre de la hauteur, retrouver l'essentiel, chercher, aimer. Un jour, on me demanda quel était mon dîner parfait. Je n'avais aucun doute sur deux personnes : ma femme et Benoit XVI. Les deux sont exigeants, les deux me demandent d'aimer plus que ce que je ne peux, les deux me conseillent le ciel pour y arriver.

Avoir à dîner un mec qui te remet en question et te challenge sur la vérité de tes pensées, paroles et actes; avoir à diner un mec qui exige de toi d'être prêt au martyr par amour de Dieu; avoir à dîner un mec qui te pousse à mettre en acte des choses auxquelles tu crois mais que tu mets systématiquement de côté; avoir à dîner un mec qui dit, fait, pense, croit tout ça sans la ramener; ça devrait tuer ton dîner tellement tu te dirais le soir devant Docteur House que tu as du chemin. Et pourtant...

Mais c'est le dîner impossible, car Joseph Raztinger a décidé d'aller prier dans un couvent. Ce qui me rassure et fonde mon espérance, c'est que si Joseph se met à prier encore plus qu'aujourd'hui, cela risque de faire des ravages positifs dans le monde dont on n'a pas idée.

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